2023 : Mobilisation générale

Texte de 2023 – Raymond Millot et le Collectif Education bien commun

Les effets du réchauffement climatique se manifestent plus vite et plus gravement que prévu. Les journalistes et les politiciens en sont informés mais, allant au plus pressé, ils mettent presque systématiquement cette perspective entre parenthèses.

Contrairement à eux, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’en inquiète au point d’appeler à la « mobilisation générale ».

Dans le champ de l’éducation, notre collectif (1) s’est « mobilisé » dès 2020, en lançant un premier appel « Une éducation pour faire face au « jour d’après » dans le sillage de l’appel de 18 organisations sur le thème « Plus jamais ça ! Préparons le jour d’après ! » (l’éditorial du Monde du 5 -12- 23 porte sur son 4ème objectif « l’éducation, bien commun indépendant du pouvoir politique » !).

En 2022, à la suite de la manifestation des élèves des « Grandes Ecoles »dont « AgroParisTech », nouvel appel : « C’est tout le système éducatif qui doit bifurquer ».

Ces appels ont recueilli des signatures significatives de personnalités connues des sciences de l’éducation, de la philosophie, de la psychologie, de la psychiatrie, et de militant.es appartenant aux différents mouvements pédagogiques. Voir sur cette page de notre site.

 En novembre 2023, des élèves de Grandes Ecoles manifestent de nouveau leur volonté de « bifurquer ». Ils apportent implicitement leur contribution à cette mobilisation générale.

En attendant que celle-ci devienne effective, il est possible :

  • d’exploiter et déborder les timides propositions de l’institution scolaire concernant « l’éducation au développement durable ». Occasion d’accumuler de l’expérience utile à l’éventuelle« bifurcation » et de donner un sens à la « transdisciplinarité »
  • d’imaginer une mise en œuvre de cette mobilisation, dans les différents domaines de la vie sociale.

Il est impossible de tenir les enfants et les adolescents à l’écart des horreurs du monde.  Nous constatons leur inquiétude et nous estimons que le moyen le plus efficacepour empêcher qu’elle n’envahisse les esprits, c’est l’action. A cet effet, nous proposons d’examiner une première hypothèse.

La mobilisation générale doit impliquer les enfants et les adolescents

Les pédagogues qui ont ouvert l’école sur le monde et pratiqué « la pédagogie du projet » ont constaté qu’ainsi, les apprentissages prenaient du sens aux yeux des enfants.  

La lutte contre les effets du changement climatique et les efforts pour y porter remède constituent un projet majeur et vital qui  les concerne au premier titre.

Il est donc fondé d’envisager que les enfants et les adolescents deviennent, aux côtés des adultes, acteurs de cette mobilisation générale.

Nous avons donc tenté de décrire le processus d’une manière réaliste et à nos yeux féconde car elle a permis d’aborder divers sujets sous un angle nouveau, ainsi :

  • Ce rôle d’acteur conduit à considérer le statut de l’enfant et en quoi il se trouve changé, non seulement parce que le processus d’auto-socio-construction transforme son statut d’élève, mais aussi son statut de « personne » partenaire des adultes.
  • Un tel objectif constitue une rupture avec le statut actuel  de l’écolier. Considérer l’enfant en termes de personne ou de « sujet » a été longtemps un objectif majeur à l’école maternelle. Il apparaît d’une manière très secondaire après 1968 dans la période scolaire de 6 à 18 ans au cours de laquelle l’enfant est  assigné au statut d’« objet » qu’on prépare et sélectionne pour son insertion dans le système économique.
  • Dans le paradigme qui a produit la catastrophe climatique, le réalisme conduisit à trouver naturelle cette sélection. Et souvent à oublier qu’elle est faussée comme Bourdieu et Passeron, en ont fait le constat en 1964, qu’elle a une fonction de « reproduction sociale », qu’elle entretient les inégalités sociales… et qu’elle est toujours à l’œuvre en 2023.
  • Le projet « changer de paradigme », implique d’analyser les caractéristiques de l’ancien et conduit à compléter le constat des sociologues :   le système scolaire actuel contribue  à l’acceptation et à la reproduction du paradigme. Le travail scolaire sert avant tout à obtenir des notes et des diplômes monnayables à l’âge adulte…

Notre hypothèse se situe dans la perspective d’un nouveau paradigme :

  • Le travail pour le bien commun aux côté des adultes, sera source d’apprentissages porteurs de sens, valorisant les transmissions de savoirs et justifiant les efforts pour les assimiler. 
     
  • Dans des groupes d’enfants hétérogènes où chacun peut apprendre à chacun et de chacun, le bagage culturel qui avantageait les enfants favorisés sera mis en commun dans l’action, tout comme les savoir-faire et l’expérience des réalités acquis par les enfants des milieux populaires (constatés  dans la pédagogie du projet).
     
  • En promouvant la pédagogie du projet sur une grande échelle, il est possible de transformer à la fois le statut de l’enfant et le statut du travail.

Le réalisme oblige à examiner les modalités de la mise en œuvre d’un tel changement du paradigme éducatif ; l’expérience acquise dans le cadre de la recherche pédagogique le permet. La mobilisation générale libérant les potentiels d’engagement et de créativité rendra possible une ambitieuse « recherche-action »

  • basée sur des projets locaux
  • se dotant d’objectifs définis démocratiquement, précisant l’engagement des acteurs
  • et s’intégrant dans une recherche organisée régionalement et nationalement (2)

N.B. tous les sujets de réflexion évoqués sont développés dans des articles figurant sur ce site.

Nous souhaitons que d’autres hypothèses soient formulées et que celle-ci soit examinée par celles et ceux qui croient en l’urgence d’une « mobilisation générale ».

2023 – Raymond Millot et le Collectif Education bien commun

Ce texte a été écrit pour présenter l’action de notre collectif depuis 2021 à « Convergence(s) pour l’Education Nouvelle ». Regroupons nos forces pédagogiques avec d’autres collectifs ou associations vu la situation désastreuse du système éducatif.

Notes

  1. Constitué lors de la publication de « L’EDUCATION UN BIEN COMMUN » Raymond Millot  (éd. Massot).
  2.  Ces propositions reposent sur une « expérience », une réalisation qui a duré trente ans de 1972 à 2001 concernant un quartier de 9000 habitants, suivie par l’INRP, décrite dans « Une voie communautaire : les écoles de la Villeneuve de Grenoble », Rolande et Raymond Millot, préface de Bertrand Schwartz  éd. Castermann, et relatée dans « Ecoles en rupture » et dans Ecole ouverte/recherche action/ société éducatrice  éd. AFL 2013

Bifurquer n’est pas une mode passagère

« […] La saison des forums d’entreprises est ouverte. Cette traditionnelle opération […] vire désormais à l’insurrection. De polytechnique aux Mines  Paris-PSI ,  en passant par Agro Paris Tech, le scénario est toujours le même. […]des dizaines d’étudiants se laissent tomber par terre, simulant la mort […]. Tout autour des banderoles aux slogans percutants : « Ecole financée par l’or noir » , « Stop aux cabinets de con(seil) » « Les intérêts privés se font toujours au détriment de l’avenir commun ». Puis des discours viennent rompre le silence de la foule interloquée. « Comment peut-on encore accepter d’être financé par TotalEnergies, qui continue de multiplier les nouveaux projets pétroliers, […] en Ouganda ? Comment peut-on encore accepter des partenariats avec  la BNP, la Société générale ou le Crédit Agricole qui continuent de financer les projets les plus destructeurs ? […] s’insurgeaient début octobre une trentaine d’étudiants de Polytechnique à l’occasion du X Forum devant les regards parfois approbateurs, amusés ou le plus souvent indifférents de leurs camarades. « Déroulé similaire quelques jours plus tard, au Forum Trium co-organisé par les associations étudiantes de quatre écoles d’ingénieurs (Mines Paris PSL, Ponts Paris Tech, Ensta Paris et Ensae Paris) » […] LE MONDE CAMPUS  30 novembre 23. Pour abonné•e•s.