2023 : Un I. P. P. ?

La contribution de Raymond Millot et du Collectif Education Commun qui lance le débat :

SOMMAIRE

  1. INDIGNATION – ANALYSE – PROPOSITION
  2. L’I.P.P. lance le débat
    1. Pourquoi toutes les mesures actuellement prises contre le harcèlement scolaire ne peuvent qu’échouer ?
    2. Lire aussi le texte « Le harcèlement en milieu scolaire n’est pas que du harcèlement scolaire » d’Eric Debarbieux.
    3. 11 pétitions contre la pédocriminalité et les maltraitances sur les enfants
    4. Le devenir de la CIVIISE
    5. L’enfant, le jeune, l’élève sont des personnes

INDIGNATION – ANALYSE – PROPOSITION

L’éducation est un bien commun qui en tant que tel, ne doit pas dépendre d’un quelconque pouvoir politique ou économique mais faire l’objet d’une construction collective évolutive élaborée démocratiquement.

L’organisation de cette « construction collective » devra comprendre un Institut Pédagogique où seront examinés des problèmes, tels ce fait scandaleux révélé en septembre 2023 par le juge Edouard Durand et la CIIVISE (commission indépendante sur l’ Inceste et les Violences Sexuelles faites aux enfants ) :

1 fille sur 5 et un garçon sur 13 sont victimes d’inceste et de violences sexuelles

CE CONSTAT DEVRAIT AVOIR L’EFFET DE ME TOO ! CE N’EST PAS LE CAS, POURQUOI ?

L’Institut Pédagogique Provisoire, I.P.P. ouvre le débat.

Les hommes ont manifestement l’habitude historique de cacher les souffrances des enfants sous le tapis. [1] Contrairement aux femmes qui ont su se faire entendre « Me Too ! », les enfants ne peuvent eux-mêmes s’exprimer. Il faut donc que celles et ceux qui n’entendent pas se résigner devant ce fait monstrueux et leurs souffrances en général, s’emparent du problème...

Nous verrons que l’institution scolaire n’est pas en mesure de le faire du fait qu’elle est elle-même impliquée ! Nous proposons d’entrer dans le sujet par une analyse du statut qui est imposé aux enfants depuis la nuit des temps comme l’ont fait pour elles-mêmes les femmes avec « Me Too » en 2017, comme le font aujourd’hui les Iraniennes

Il est possible de poser très simplement le problème en termes d’objets et de sujets.

Le Juge Durand au sujet de l’inceste, parle de « victimes ». Il ne récuserait pas le constat que ces nombreux enfants sont traités par les adultes comme des « objets sexuels ». Il semble ne mettre en cause que la famille et/ou l’entourage familial de l’enfant, alors que le scandale touche aussi des « éducateurs » particulièrement dans les institutions religieuses mais aussi dans les « colonies » et centres de loisirs laïques…

Il faut aussi considérer que les enfants ont connu massivement, au fil des siècles, le statut d’objets économiques ». Aujourd’hui encore, selon l’UNICEF : « Dans le monde entier, des millions d’enfants sont privés de leur enfance parce que contraints d’exercer un travail mettant en péril leur santé et leur éducation ».

L’UNICEF entend susciter l’indignation…mais donne à croire que la scolarisation apporte une réponse satisfaisante aux deux problèmes.

Une analyse critique permet de constater qu’en tous pays, l’école fournit aux enfants, plus mal que bien, les outils d’une possible « émancipation » (lecture, sciences…), mais qu’avant tout, elle leur impose un statut d’objets économiques que l’on forme pour les besoins de la société, son développement économique ; et souvent d’objets politiques que l’on formate plus ou moins explicitement pour effectuer « la reproduction sociale », ou pour « se sacrifier » pour la Patrie (l’objectif de Jules Ferry a été atteint d’une manière inespérée en 14-18).

« A gauche » on a oublié, ou l’on ignore, que lors de la Commune de Paris, les membres de la Société « l’Education nouvelle », étaient porteur•se•s d’un espoir d’éducation émancipatrice. Vaincus, ils ont considéré que l‘école gratuite et obligatoire de Jules Ferry constituait un progrès non négligeable, un moindre mal… Cette « Ecole de la République » est aujourd’hui difficilement remise en question tant elle est menacée. Néanmoins, fait important, le président de l’Institut de recherches de la Fédération syndicale unitaire (FSU) Paul Devin, se le permet…[2]

Dans la confusion actuelle, il importe que notre réflexion soit accessible au plus grand nombre.

Les parents

Très concrètement, tous les parents peuvent faire le constat suivant :

  • A l’école maternelle, (telle qu’elle a été historiquement pensée), l’enfant est considéré comme un sujet dont les rythmes de développement ne sont pas uniformes. On l’encourage à s’exprimer dans des petits groupes où il constate des perceptions différentes de la réalité et des rapports sociaux, où sans faire la morale, on l’invite à comprendre et respecter, voire construire les règles de la vie en commun. Ces pratiques sont évidemment favorables à l’expression des peurs, des émerveillements, des questions que les enfants se posent sur la vie.

La préoccupation d’en faire la propédeutique de l’école primaire est hélas en cours !

  • De l’école primaire à la classe terminale, dès 6 ans, les enfants sont plus ou moins explicitement traités en objets économiques en formation. Les parents sont contraints de leur dire, en souhaitant les flatter, que maintenant ils sont grands… Devenus « élèves », ils sont formatés par des programmes qui compartimentent les savoirs, des « progressions » au cours desquelles se produisent les sélections nécessaires pour perpétuer, « reproduire » (cf. Bourdieu), le système économique et politique régnant.

Les enseignant•e•s

  • Les professeur•e•s peuvent avoir du respect pour les enfants, les considérer comme des sujets dans leurs relations, mais les systèmes de notation, d’examens transforment ceux-ci, non plus en « apprenants » s’intéressant aux matières enseignées mais en travailleurs payés par des notes. Nombreux sont les professeur•e•s qui déplorent que la matière qu’elles ou ils enseignent intéresse moins que la note obtenue lors d’un contrôle.
  • On peut remarquer que le formatage qui s’opère, prépare, objectivement, au travail tel qu’il est conçu dans nos systèmes économiques « capitalistes » (et tout autant, dans les systèmes se prétendant « communistes »).

La fameuse « valeur travail » telle qu’elle nous est vendue est actuellement contestée par les travailleur•se•s qui sont de plus en plus nombreux en quête de « sens ». Et c’est le même combat qu’il s’agit de mener dans le domaine éducatif quand nous préconisons un maximum de fonctionnalité dans les apprentissages scolaires pour leur donner « du sens ». Et pour ce faire, il faut ouvrir l’école sur la vie réelle, et singulièrement, reconnaissant que nous sommes dans « l’anthropocène », l’engager dans les combats collectifs visant à éviter « l’effondrement ».

Il est ainsi possible d’opérer une « bifurcation » : le passage du statut d’objets économiques au statut de sujets politiques dans la mesure où les enfants seront, comme nous le souhaitons, acteurs de la transformation de la société, et non plus comme aujourd’hui, de sa « reproduction ». 

En revanche la bifurcation d’objets sexuels à sujets sexuels qui se conçoit bien concernant les femmes, se pose d’une autre manière pour les enfants et particulièrement à l’école.

Les enfants qui subissent des agressions sexuelles ont besoin de soins psychologiques. Il importe, en premier lieu, que les acteur•rice•s du champ éducatif soient conscient•e•s du fait monstrueux qu’un enfant sur sept est une victime sans qu’on le sache, sauf exception.

C’est donc la qualité de la relation établie avec tous les enfants qui constitue une réponse au problème. Que l’enfant victime soit replié sur lui-même, ou agressif, il bénéficiera du climat social établi où la dignité de chacun•e est respectée, où lui est reconnu un statut de sujet, et du climat d’empathie qu’il importe d’instituer.

A cet effet il est possible et nécessaire de pratiquer, dès l’école maternelle, une réflexion systématique sur les faits de la vie collective pour construire le respect de la différence, comprendre les raisons des comportements spontanés, déconstruire les préjugés, les traditions contestables, procéder à une instruction civique adaptée à l’âge (ce qui peut se faire après 6 ans, dans le sillage des « conseils de coopérative » initiés par Célestin Freinet).

Avec les collégien•ne•s, pour éviter les drames qui défraient la chronique (harcèlement, etc.) indépendamment des « cours d’instruction civique », une pratique autogérée de la vie collective devrait permettre de résoudre les conflits et de débattre sur les sujets d’actualité.

Il est même possible d’imaginer l’instauration, au collège d’une heure hebdomadaire, dans toutes les classes, animée par un professeur spécialisé en sociologie et en animation de groupe. Le coût d’une telle innovation serait très largement compensé à moyen et long terme par le bénéfice social, et à court terme en diminuant considérablement les phénomènes de harcèlement, les suicides, le mal être que connaissent beaucoup d’enfants.

C’est là un second sujet dont aurait à traiter l’Institut Pédagogique (I.P.P.) que nous proposons de faire vivre.

Le 6 octobre 2023 – Raymond Millot et le Collectif Education Bien commun

Notes

[1] L’Observatoire National de l’Enfance en Danger (ONED) pouvait en décrire l’Histoire par exemple nous rappeler que : « La plupart des sociétés patriarcales antiques accordent presque toutes au père le droit de vie et de mort sur ses enfants ou celui de les vendre comme esclaves… ». « Au début du Moyen Âge, la vente d’enfants dans les foires est avérée, et l’exposition aux portes des églises généralisée… ». « Le législateur peut dorénavant protéger l’enfant contre ses parents, en prononçant la déchéance de la puissance paternelle. Le projet de loi se heurte, cependant, dès 1883, à une opposition vigoureuse de la droite ».   

[2] Paul Devin (FSU) écrit dans un article titré « En dénonçant le “pédagogisme”, le chef de l’Etat nourrit un objet fantasmatique » (le Monde du 31 08 23) :

  • « On oublie aussi que la prétendue assurance de cette école à créer des républicains ne l’a pas empêchée de former des générations qui feront le lit de l’antisémitisme et des penchants pétainistes. Et, plus tard, de générations qui ne se révèlent guère capables d’exiger la réalité d’une égalité promise par les valeurs républicaines ».
  • « La formulation des « hypocrisies » auxquelles il nous faudrait renoncer est bien là pour affirmer la ligne essentielle : pour une part de la population scolaire, évidemment celle des milieux populaires, il faut revenir à une formation centrée sur les seuls besoins immédiats des entreprises, aux dépens de leurs désirs d’orientation ou de leur volonté d’études supérieures ».   

***

L’I.P.P. lance le débat

Nous avons reçu des textes, des réflexions.

Pourquoi toutes les mesures actuellement prises contre le harcèlement scolaire ne peuvent qu’échouer ?

Par Bernard Defrance, philosophe (son site ici)

… Tout simplement parce qu’elles ne mettent pas en cause le fonctionnement institutionnel de notre système éducatif, qui, à la racine, est le producteur par sa violence intrinsèque, verticale, continue, froide et invisible, des violences horizontales, sporadiques, chaudes, dont la visibilité donne prétexte à exploitation médiatique et politique, sur le mode compassionnel ou répressif.

Serait-ce trop demander à nos décideurs au plus haut niveau de s’instruire ? ou au moins de lire, entre autres, sur les causes des violences, Henri Laborit ou René Girard ? Notre école en effet réduit constamment écoliers, collégiens et lycéens au statut des rats de Laborit, qui, soumis à un stress extérieur (la grille électrique déclenchée par l’expérimentateur), se battent entre eux pour préserver tout bonnement leur santé, y compris physique, au moins un certain temps, au lieu de sombrer dans la dépression, les maladies psychosomatiques et carrément le suicide, comme forme ultime de la fuite.

Et dans le harcèlement, sont en cause les enchaînements sacrificiels qui permettent aux groupes (classes, bandes de quartier, gangs économiques…) de maintenir leur fusion mafieuse, en parallèle exact de l’échec scolaire nécessaire à l’autojustification de l’institution, productrice, notamment dans le creuset des classes préparatoires, des sociétés d’anciens élèves qui se partagent l’essentiel des pouvoirs économiques et politiques dans un jeu féroce de chaises musicales et de corruptions partagées.

C’est d’abord dans le refus d’une prise en compte pédagogique des origines et histoires sociales, culturelles, familiales des enfants au nom d’une pseudo-égalité de principe que les conditions mêmes du travail scolaire le rendent producteur de frustrations, voire de négation de l’identité de chaque élève. Ensuite, c’est dans l’inversion mortifère entre les fondamentaux et les instrumentaux de la culture que se consacre la déconnexion entre désir et sens : lire, écrire, d’instruments d’expression de soi et d’impression par autrui, se pervertissent en devoir de performance utilitaire. Ce qui entraîne la pénalisation des apprentissages où une tâche devient un devoir, une interrogation un interrogatoire, une sanction une punition, sous le régime de la mise en examen au rythme des évaluations quantifiées : apprendre est d’abord apprendre à restituer ce que le maître ou le directeur de thèse attend, tout en donnant l’illusion d’écrire et non de recopier, de parler au lieu de répéter, de créer et non reproduire…

Dans le quotidien scolaire, le hachis caractéristique des emplois des temps et des espaces déstructure le sens des investissements culturels dans les successions mécaniques et chronométrées des disciplines et des exigences de la discipline, objet d’incantations rituelles – et ridicules – de « retour » à l’autorité confondue avec l’exercice du pouvoir, chez des professeurs contraints institutionnellement d’être juges et parties puisqu’ils doivent juger des résultats de leur propre enseignement, ou de se faire justice à eux-mêmes dans les nécessités du maintien de l’ordre.

Cette pénalisation des apprentissages rend nécessaire le nivellement homogène des progressions dans le carcan du système des classes d’âges qui interdisent d’être à la fois tout débutant dans une matière et déjà bien avancé dans une autre, qui oblige dans le doublement d’une année à refaire ce que l’on maîtrisait déjà. Les discriminations à l’œuvre dans les orientations sont préparées dès la maternelle avec la première perception des divisions du travail par la fréquentation d’adultes dont les uns organisent les tâches nobles, l’initiation aux éléments de la culture assortie du droit de punir, les autres étant chargés des tâches ‘’ignobles’’ d’entretien des lieux ou de cuisine. La séparation des filières techniques, littéraires, scientifiques fabrique des individus mutilés culturellement, techniciens méprisés, scientifiques incultes, et littéraires hors-sol.

Six heures par jour, cinq jours par semaine, la ‘‘vie scolaire’’ bafoue constamment les exigences de bien vivre ensemble, de la citoyenneté, dans la répétition des micro-humiliations, des brimades, de l’alternance de la coercition et du laxisme, de la notation et de sa ‘’constante macabre’’ dont le caractère arbitraire a depuis longtemps été démontré. Un des exemples de ces rituels meurtriers est la remise des copies – terme qui trahit la véritable nature des tâches scolaires – publiquement, assortie généralement de remarques humiliantes ou dangereusement (pour la suite dans la cour) élogieuses. Imagine-t-on un chef d’établissement réunissant ses professeurs pour délivrer en public ses notations et appréciations administratives, sans courir le risque de se faire immédiatement lyncher ? Or toute atteinte au droit est, par principe indiscutable, plus lourdement punie si la victime est mineure…

« La réussite scolaire est un signe majeur de névrose » disait jadis Françoise Dolto1, et chacun peut constater en effet dans la vie quotidienne et les aléas de la vie administrative et politique les dégâts commis par nombre de décideurs, anciens bons élèves. Le dernier exemple étant fourni par une rectrice – partie pantoufler dans le privé depuis – menaçant les parents d’un élève harcelé, et qui s’est suicidé par la suite, de poursuites en diffamation…

On l’aura compris : la somme des stress engendrés par le fonctionnement institutionnel de notre école aboutit à la vaste résignation/soumission de la très grande majorité des élèves, à l’intériorisation par une minorité socialement héritière des mécanismes d’obtention des diplômes ouvrant, en marchant sur les rivaux, accès à vie à des positions, mêmes dérisoires, de pouvoir, et à la fabrication de la minorité symétrique des décrocheurs et de ceux, encore plus minoritaires, qui déchargent leurs frustrations sur les pairs ‘’maillons faibles’’ : la violence verticale engendre la violence horizontale.

On le sait aussi (mais apparemment pas les ministres successifs et leurs conseillers) : les solutions institutionnelles et pédagogiques existent et sont mises en œuvre depuis longtemps dans les pédagogies coopératives. Une déjà fort ancienne monographie de Fernand Oury, Luigi et Mohamed, montre avec précision comment peuvent se déjouer les mécanismes de harcèlement au bénéfice de tous les acteurs, bourreaux et victime et aussi du maître, aveugle jusque là… Mais les praticiens dans l’institution des pédagogies Freinet, Oury, etc., sont constamment entravés, voire carrément réprimés dans leur action par les stupidités des hiérarchies intermédiaires, jouant des mutations ‘’dans l’intérêt du service’’ pour casser les rares équipes qui font face avec succès aux défis actuels dans l’éducation de nos enfants ; et cela dans le même temps où ces pédagogies dites nouvelles se commercialisent dans des officines privées où les parents qui en ont les moyens peuvent espérer faire échapper leurs enfants aux rigueurs de la carte scolaire et aux promiscuités populaires. Le ministre actuel étant lui-même le produit de ces couveuses à élite…

Mettre fin aux mécanismes d’agressivité et de harcèlement, mais aussi de passivité, de résignation et de décrochage, supposera donc que l’école républicaine cesse, enfin, de trahir ses propres finalités. Peut-on espérer que l’école devienne enfin école ?

***

Lire aussi le texte « Le harcèlement en milieu scolaire n’est pas que du harcèlement scolaire » d’Eric Debarbieux.

« Éric Debarbieux, chercheur spécialiste des questions de violence à l’école qui a entre autres rédigé le rapport « Refuser l’oppression quotidienne : la prévention du harcèlement à l’école », réagit aux annonces du Ministre en matière de harcèlement. Selon lui, ce énième plan, « au moins le vingtième » ne réglera pas la question. « C’est dans l’interministériel que cela doit se jouer, au niveau des politiques publiques » explique-t-il au Café pédagogique. Il pointe aussi la lourde responsabilité du débat politique actuel ». Lire ici.

***

11 pétitions contre la pédocriminalité et les maltraitances sur les enfants

Plusieurs contributions sur les maltraitances sur les enfants : En ce moment tournent sur Internet 11 pétitions dont celles intitulées « Luttons contre la pédocriminalité » pour dénoncer les violences et maltraitances faites aux enfants. « Selon les chiffres officiels, 10% des Français-es ont été victimes de pédocriminalité. 80% des violences sexuelles commises sur mineur-es ont lieu au sein de la famille. Une victime sur deux a moins de 9 ans. La France ne protège pas ses enfants, il est temps que cela cesse ! 11 pétitions sont lançées sur ce site.

  • La plus urgente est celle qui réclame la reconduction de la commission la CIIVISE dont nous avons retenu les résultats pour écrire notre Appel. Sa fin programmée approche : Décembre 2023. La CIIVISE (commission indépendante sur l’ Inceste et les Violences Sexuelles faites aux enfants ) qui a pour objet de recueillir les témoignages d’ adultes victimes dans leur enfance, ou de parents protecteurs de leur enfant victime, a malheureusement une durée de vie de 2 ans seulement. Signer la pétition ici.
  • Si vous jugez que la lutte contre la pédocriminalité doit être plus qu’une priorité, une urgence absolue, signez et partagez cette pétition« .« La France doit prévenir la pédocriminalité » : « En France, chaque année, 160 000 enfants subissent des violences sexuelles. C’est 3 enfants par classe. 10% des Français disent avoir été victimes d’inceste pendant leur enfance, soit 6,7 millions de femmes et d’hommes. Des chiffres minorés, tant on sait qu’ils se basent sur des faits révélés et que le silence pèse lourdement sur bon nombre de situations » […]
  • « Je suis Mai Lan, j’ai 40 ans, et pour avoir été moi-même victime d’agressions sexuelles quand j’étais petite, je suis très mobilisée dans la protection de l’enfance en danger. Artiste, autrice du projet de prévention contre l’inceste « Le Loup », je suis aussi mère de 3 enfants. Je ne peux que regretter que mon aîné, âgé de 13 ans, n’ait jamais été sensibilisé à ce sujet à l’école. Le Code de l’éducation prévoit pourtant depuis 2001 que ce soit le cas ».
  • La pédocriminalité est un sujet négligé en France. Les enfants ne sont pas protégés et il est temps que cela change. C’est une terrible réalité : la majorité des violences sexuelles faites aux enfants arrivent en moyenne à l’âge de 7 ans et sont le fait de membres de la famille ou d’amis proches. L’Etat ne saurait dès lors se reposer sur les seuls parents, logiquement peu outillés à penser l’impensable. L’institution scolaire, parce qu’elle accueille 99% des enfants, parce qu’elle a vocation à former les citoyens de demain est la mieux placée pour leur expliquer qu’ils ont des droits, que leur corps leur appartient et que personne ne peut en disposer.
  • Avec cette pétition, nous demandons dès l’année scolaire 2023-2024 l’organisation de temps de prévention dans toutes les écoles du pays. Les alentours du 19 novembre, journée mondiale pour la prévention des abus envers les enfants, s’y prêteraient parfaitement. L’idée n’est pas, contrairement aux craintes de beaucoup d’adultes, de parler de sexualité crue, mais d’informer à hauteur d’enfant.
  • Sensibiliser l’ensemble des enfants dissuadera pour partie les agresseurs. Cela permettra également de repérer et prendre en charge au plus tôt les jeunes victimes et ainsi diminuer l’impact des violences sur leur santé physique et mentale. La France ne compte que trop de vies abîmées, de conduites à risques et autres suicides liés aux violences sexuelles subies dans l’enfance ». […]
  • « Le 18 novembre, j’agis contre les violences faites aux enfants et adolescents ». Le 18 novembre 2023, nous nous rassemblerons partout Sensibiliser l’ensemble des enfants dissuadera pour partie les agresseurs. Cela permettra également de repérer et prendre en charge au plus tôt les jeunes victimes et ainsi diminuer l’impact des violences sur leur santé physique et mentale. La France ne compte que trop de vies abîmées, de conduites à risques et autres suicides liés aux violences sexuelles subies dans l’enfance ». […]en France contre les violences faites aux enfants et en faveur de leurs droits, pour appeler à l’action la société et le gouvernement face à l’urgence de la situation.  Avec cette pétition, nous demandons à Charlotte Caubel, secrétaire d’état chargée de l’enfance, de nous présenter pour le 20 novembre, journée internationale des droits des enfants, un plan d’envergure et à la hauteur de la situation dramatique des violences faites aux enfants.  Nous demandons notamment la suspension de l’autorité parentale automatique dans le cadre d’une mise en examen d’un des parents pour maltraitances physiques, psychologiques et sexuelles et la mise en place d’états généraux sur la protection de l’enfance ».

***

Le devenir de la CIVIISE

  • Décembre 2023 : « le gouvernement maintient la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants. Son médiatique président, le juge Édouard Durand, est débarqué. Ses remplaçants, l’ex-rubgyman Sébastien Boueilh et la pédiatre Caroline Rey-Salmon, sont aux antipodes de l’équipe sortante ». Article de Médiapart pour abonné•e•s et Libération annonce la possible démission de plusieurs de ses membres. Article de Libération pour abonné•e•s
  • Le 09/02/24 : « Remise en place le 5 février, après l’éviction en décembre dernier du  juge Edouard Durand, l’instance s’est brisée le soir du 8 février, avec la démission de son coprésident Sébastien Boueilh. L’avant-veille, sa coprésidente Caroline Rey-Salmon, pédiatre et légiste, faisait l’objet d’une plainte pour agression sexuelle. Dans une séquence désastreuse sur TMC, Boueilh avait alors foulé au pied la doctrine, si forte, de la Ciivise, le « on vous croit » qui affirmait jusqu’ici la légitimité de la parole des victimes ». Sur Télérama.
  • Le 08/02/2024 : publication du livre d’Edouard Durand
    Edouard Durand publie l’ouvrage 160 000 enfants. Violences sexuelles et déni social (Gallimard), dans lequel il rapporte le constat fait par la Ciivise lorsqu’il en était le co-président : en France, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles, soit un enfant toutes les trois minutes.
  • Le 23/02/2024 : Dans l’émission de Public Sénat « Sens public », le magistrat Edouard Durand a rappelé le rôle que l’Etat devait jouer dans la protection des enfants victimes de violences sexuelles. Depuis bientôt un mois, les travaux de la commission sont en pause, après le départ de ses deux co-présidents, nommés fin 2023.
  • Les 83 propositions de la première CIVIISE :
    Edouard Durand regrette que les polémiques autour de la reconduction de la Ciivise, tendent à faire oublier ses 83 préconisations. Ces dernières avaient été établies à partir des témoignages de victimes, recueillis entre 2021 et 2023. Parmi ces recommandations figuraient entre autres : l’imprescriptibilité pour les viols et les agressions sur mineurs, la garantie pour les victimes que leurs soins spécialisés soient pris en charge à 100% ou encore, la reconnaissance du caractère incestueux pour des violences commises par un cousin ou une cousine. […] Il tient également à rappeler que « protéger un enfant n’est jamais contraire à la présomption d’innocence » et que recueillir la parole des enfants relève de la « politique publique ». Lire sur la page de Public Sénat.

***

L’enfant, le jeune, l’élève sont des personnes

Par Nadine Lanneau, anciennement professeure documentaliste dans l’Education nationale, collège et lycée, membre de l’Association Française pour la Lecture (AFL), anciennement animatrice de Centres de loisirs associés aux Ecoles, de l’Education populaire, grand-mère et citoyenne active et réactive.

Comme nous l’avons vu, dans notre Appel, depuis la nuit des temps, les bébés, les enfants, même les jeunes sont traités majoritairement comme des objets. Françoise Dolto a défendu vigoureusement dans les médias que l’enfant doit être traité en SUJET. « Françoise Dolto, la « grand-mère des enfants », aura marqué des générations, à tel point que les principes d’éducation aujourd’hui appliqués par les jeunes générations semblent innés, alors que la psychanalyste, première à concevoir ces principes, bien avant mai 68, avait dû se battre pour se faire entendre. […] « Mais la psychanalyste a aussi été beaucoup critiquée, notamment sur la notion « d’enfant roi » qui a été déformée, déplore sa fille. Des critiques qui se basent sur des préceptes qui n’ont jamais été écrits par la médecin.  » Lire, voir les vidéos sur la page de Radio France. « Catherine Dolto : « Françoise Dolto a été beaucoup critiquée par des gens qui ne l’avaient pas lue ».

A l’heure actuelle, où le discours de Françoise Dolto est dévalorisé, dénaturé même, nous pouvons avancer qu’une régression énorme est à l’oeuvre et que la réflexion de Françoise Dolto nous manque lorsque nous constatons que les enfants et les jeunes, sont traités comme des OBJETS, à commencer par les bébés, êtres encore plus sans défense.

Des bébés, objets dans les systèmes de garde : après le scandale des EHPAD, celui de l’accueil de la petite enfance.

  • « En avril 2023, suite à un drame dans une crèche à Lyon, l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) publiait un rapport alarmant confirmant la dégradation des conditions d’accueil dans les établissements de petite enfance. « Basé sur l’observation de structures d’accueil et des questionnaires auprès des professionnel·es, ce rapport fait état de nombreux témoignages qui pourraient renvoyer à des situations de maltraitance institutionnelles où les personnels sont mis en condition de devenir maltraitant du fait du manque de temps, de formation et d’effectifs notamment mais, aussi, d’un management qui pressurise les salarié•e•s. »
  • « C’est dans ce contexte que, jeudi 19 octobre 2023, la CGT appelait les professionnel•le•s du secteur de la petite enfance à la grève et à manifester aux côtés du Collectif « Pas de bébés à la consigne ». Lire ici l’article appelant à la création d’un véritable service public avec un vrai plan d’investissement pour la petite enfance.  Et préavis de grève des syndicats CGT, CFDT et SNUTER-FSU.

Des objets en famille et dans l’entourage propre : des adultes témoignent, dénoncent.

  • 1 fille sur 5 et un garçon sur 13 sont victimes d’inceste et de violences sexuelles. L’inceste, pourtant interdit par les religions et de nombreux pays, n’a cessé de répandre son horreur, dans le silence des enfants victimes, interdits de parole. Ainsi Emmanuelle Béart âgée actuellement de 50 ans, s’est résolue ce mois-ci en 2023, à témoigner : « Emmanuelle Béart révèle avoir été victime d’inceste durant son adolescence, dans « Un silence si bruyant », film coréalisé par l’actrice, diffusé sur M6 le 24 septembre 2023. Quatre victimes, trois femmes et un homme témoignent.
  • Et dans un autre article du Monde daté du 18 janvier 2021 :
    • « Muriel Salmona a passé le week-end sur son portable. Des heures durant, la psychiatre spécialiste des violences faites aux femmes et aux enfants a consulté compulsivement les dizaines de milliers de Tweet publiés avec le mot-dièse #metooinceste. Elle a regardé éclore les histoires de tous ces Français, connus ou inconnus, petits comptes à quelques followers créés pour l’occasion, ou gros comptes leaders, qui racontent publiquement les agressions dont ils se disent victimes à 5, 8 ou 13 ans, par leur père, grand-père, frère, oncle ou cousin.« Ça concrétise ce que l’on sait déjà, il y a tellement de victimes en France. C’est une bonne nouvelle, elles arrivent à parler, ça veut dire qu’elles se sont senties en sécurité pour affronter le poids du secret », s’enthousiasme la soignante. Elle-même a pour la deuxième fois évoqué les propres faits dont elle a été victime, pour montrer « que ce sont les personnes les plus saccagées qui se battent, les plus abîmées qui tentent de remettre le monde à l’endroit ».« Caroline De Haas, militante au sein du collectif #NousToutes, a elle aussi eu du mal à dormir ce week-end. Cramponnée à son téléphone, à lire tous ces récits et à savoir que derrière les Tweet, il y a « tous ces gens fracassés, qui souffrent autant ». Pour rendre visible l’inceste après la publication du livre de Camille Kouchner, La Familia grande (Seuil, 208 p., 18 euros), paru le 7 janvier, elle a orchestré avec Madeline Da Silva, du même collectif, cette campagne #metooinceste sur les réseaux sociaux ».
  • Le Monde du 18/01/2021 : « « La France a un problème avec l’inceste » : avec #metooinceste, des dizaines de milliers de Tweet libèrent la parole ».

Des objets à l’heure d’Internet, sur les réseaux sociaux

  • Surexposition des enfants (photos, vidéos). Documentaire d’Élisa Jadot le 15/09/2023 : « Enfants sous influence, surexposés au nom du like ». « Les réseaux sociaux hébergent des milliers de comptes familiaux alimentés par des parents en quête de popularité et d’argent. Derrière ces comptes, se cachent des commerces très lucratifs dans lesquels les enfants deviennent des appâts. Contrats publicitaires, placements de produits, rémunération au nombre de vues : certains parents parviennent à gagner plusieurs millions d’euros par an. Le public, lui, en redemande. Ils sont des milliards d’utilisateurs à suivre et consommer la vie privée de ces enfants vedettes. Parmi eux, des prédateurs sexuels. Dans l’ombre, ceux-ci enregistrent et s’échangent chaque jour photos et vidéos. Plus de la moitié des contenus partagés sur les sites pédophiles proviendraient ainsi des réseaux sociaux » Sur le site de France tv.
    • « Victimes de pédo-criminels (comme toujours, mais amplifié avec Internet). « On s’imagine souvent que c’est la nudité qui attire les prédateurs sexuels. Mais pas seulement », avertit la réalisatrice ».
    • Un autre exemple Cam, une jeune Américaine de 24 ans. Elle est traumatisée par la surexposition que lui a imposée sa maman. « Elle raconte notamment un moment où sa maman a publié la première fois qu’elle avait ses règles. Elle avait neuf ans, elle était très jeune, donc il y a eu une perte de confiance. Elle s’est sentie trahie par sa maman qui a dévoilé cette information particulièrement intime. Lire ici.
  • Enfants,objets de divertissement dans le même reportage :
    • « Il y a aussi un tas de dérives comme ce qu’on appelle le « kids shaming », c’est-à-dire se moquer de son enfant dans des vidéos. »
      Il y a même des challenges comme le « cheese » challenge qui consiste à jeter une tranche de fromage au visage de son tout petit bébé. Donc, l’enfant devient assez facilement sur les réseaux sociaux un objet de divertissement. Et ça fait carrément peur. Comment peut grandir un enfant quand il est chez lui, qu’il est censé être libre et en sécurité ? Il se dira : À tout moment, mon parent peut m’envoyer une tranche de fromage au visage. Cela pose donc un certain nombre de questions sur notre époque ».

Et des exemples encore plus terribles dans le documentaire…

Des objets encore trop à l’école, dans le système éducatif en général

  • Les châtiments corporels ont disparu heureusement de l’Ecole (encore dans les années 60, on s’en souvient…) mais n’ont-ils pas été remplacés par des châtiments psychologiques, des brimades, des phénomènes de harcèlement encore plus graves, de la part de personnes à tendance sadique ? Le système est ainsi fait que l’enseignant•e a tout pouvoir sur les élèves… tout pouvoir de lui assurer ou non une bonne estime de soi. Tout pouvoir parce que l’enseignant•e est seul•e face à sa classe, le travail en équipe n’existant pratiquement pas.
  • Une organisation jamais remise en question des locaux, de l’utilisation de ces locaux, font qu’à l’école, au collège, les enfants et les jeunes ne sont pas libres de circuler ne serait-ce que pour satisfaire des besoins physiques comme celui d’aller aux toilettes : on doit y aller à heure fixe, pendant les récréations et après, on doit attendre la nouvelle récréation. Manque d’autonomie, peur de l’enseignant.e d’être débordé.e si l’enfant ou le jeune en profite pour s’échapper sans raison…
  • Les enseignant•e•s ont d’autre part, du mal à accepter la différence. Les différences sont multiples et j’insisterai surtout sur la différence de rythme de chaque élève pour apprendre. Car l’enseignant•e enseigne, l’élève apprend et l’élève est unique. Or, il existe un malentendu dès le CP (attention maintenant à ce que l’on fait de la maternelle où l’on est obligé d’entrer à 3 ans pour suivre des évaluations en vue de l’apprentissage de la lecture du CP, évaluations incessantes qui dénaturent ce lieu d’apprentissage original où les rythmes de chacun.ne étaient jusque-là respectés) : l’élève doit maintenant apprendre à lire…or l’on sait que chaque élève n’est pas égal aux autres pour faire face à cette acquisition. Les différences d’acquisition sont encore ici des différences de… classe sociale. Quoi de commun entre l’élève d’un milieu aisé ou cultivé qui a chez lui tout ce que va lui demander le système scolaire (des livres, des parents qui lui lisent des livres, la fréquentation de la bibliothèque, du musée, des sorties, qui échange en famille, et ne s’abrutit pas devant la tv, qui est sollicité pour donner son avis, qui se fait aider dans sa famille pour les devoirs, etc. ), et l’élève qui ne bénéficie de rien, à part de la culture de son milieu que l’Ecole méconnaît ou rejette ? Un fossé infranchissable… et d’autant infranchissable que trop souvent l’enseignant•e rejette la faute sur les parents.
  • Les enseignant•e•s ne laissent pas le temps au temps, ne laissent pas le temps qu’il faudrait à chacun•une pour apprendre à son propre rythme. Pourquoi ? Parce que les enseignant•e•s sont de la même façon que les élèves, sous la pression des programmes, de l’avis de l’Inspecteur•rice, des parents d’élèves, des autres collègues… L’Ecole qui fait de l’enseignement des programmes, l’alpha et l’oméga ! – comme si à tous les niveaux, l’élève n’était qu’un objet de programmation, un robot, non un être humain, – ne se soucie pas de ce qui peut gripper dans la « machine ». Comme tout y est systémique, l’enseignant•e étant une partie du problème, est incapable de s’apercevoir des problèmes, encore moins de les traiter. Ainsi aussi, j’ai l’exemple d’autistes asperger, de bipolaires qui sont arrivé•e•s en CP déjà lecteur•rice•s, qui regardent les autres ânonner et… s’ennuient… quand ils ne sont pas l’objet de réflexions humiliantes de la part de leur enseignant•e parce qu’ils ne veulent pas entrer dans le moule ! Mais quel moule !
  • Une solution jamais mise en pratique, ce sont les cycles, d’abord à l’école primaire mais aussi au collège et au lycée. Institués en 1989 avec la loi Jospin, pourquoi les cycles n’existent-ils toujours pas ? Voir mon article avec cette introduction : « Et tout d’abord, comme pour mieux comprendre le présent et l’avenir, rien ne vaut mieux que de se pencher sur le passé un petit historique des réformes dans l’Education nationale pour comprendre les manigances du ministre ». Lire ici.

Un cas à la limite de l’absurde : l’Ecole dénie même aux plus âgé•e•s, la qualification de « personnes » capables de penser par elles-mêmes : et par ce récent exemple, nous en revenons à cette triste réalité qu’est l’inceste.

Le Huffingtonpost du 18/10/2023 nous apprend ce fait terrible qui met en cause l’Ecole et son fonctionnement : « Le livre « Triste tigre » de Neige Sinno, qui aborde l’inceste qu’elle a subi, n’est plus disponible dans un lycée breton. Selon la cheffe d’établissement, il comporte des passages qui peuvent heurter des sensibilités. Une décision qui provoque un tollé ». Heurter la sensibilité ? Alors qu’au lycée particulièrement, vu l’âge des élèves, il serait grand temps d’ouvrir leur sensibilité aux réalités du monde. « Jean-Paul Hirsch, attaché de presse des éditions P.O.L, […] rapporte une rencontre entre l’autrice, des lycéens et des enseignants, où certaines élèves ont fini « en larmes », remerciant Neige Sinno pour ce « moment d’intense émotion ». Selon lui, ce livre est « quasiment d’utilité publique » : « Ce ne sont pas les mots, les paragraphes de ce livre qui sont très durs, c’est l’inceste et le silence qui règne autour. » « Cet ouvrage est salué par la critique et fait partie des favoris du Prix Goncourt…

« Un cas de censure donc qui remet en cause également, le choix des documents que les professeur•e•s documentalistes proposent aux élèves au CDI. C’est très grave ! J’ai été prof documentaliste, ce fait me révulse Que devient la liberté pédagogique des profs docs ? « Les élèves du lycée privé Le Mennais de Ploërmel, en Bretagne, ne pourront pas accéder à ce livre mis à disposition au CDI dans leur établissement. La proviseure Véronique Calas a pris la décision de retirer des rayons du CDI le livre Triste Tigre de Neige Sinno. […] » La raison ? Dans cet ouvrage, l’autrice aborde les abus et viols incestueux perpétrés sur elle par son beau-père, entre ses 7 et 14 ans ». 

  • Cet établissement aurait pu être un lieu de dévoilement sur ce problème majeur jamais discuté dans les classes alors que les victimes y sont présentes. Là, tout était d’ailleurs déjà mis en place : « Ce livre était au CDI car il faisait partie d’une sélection proposée aux élèves afin qu’ils rédigent une critique dans le cadre du Prix de la plume lycéenne ». On demandait enfin leur avis personnel aux élèves !

La cheffe d’établissement prend prétexte de la sensibilité des jeunes à qui il ne faut pas dire ni montrer certaines choses, pour censurer l’ouvrage. Quand on sait que les adolescent•e•s sont confronté•e•s de plus en plus à des scènes pornographiques sur Internet ! Personne alors ne se préoccupe de leur sensibilité ! Mais là, non plus personne ne réagit… dans l’Education nationale ! Des enseignant•e•s ont quand même protesté :  « auprès du Parisien, ils se disent « émus, choqués, voire révoltés par le principe même de la censure d’une œuvre validée par l’Éducation nationale et l’Académie Goncourt ». Le comble… Lire ici.