Par Gaston Lanneau. Publié dans Elèves, enfants.
Réflexion en ces temps de rentrée scolaire, retour sur des études en psycho-sociale :
Travailler en groupes, pourquoi ?
Contrairement à une opinion communément admise, il est plus aisé de changer les attitudes ou les habitudes d’un groupe que celles d’un individu isolé.
Pour vérifier cette hypothèse de travail, Lewin et ses collaborateurs (1) mirent au point une série d’études expérimentales, utilisant trois situations : exposé, discussion en groupe, conseils individuels.
Dans chacun des cas, la nature et la quantité d’informations apportées restaient identiques.
Les résultats confirmèrent l’hypothèse : la technique de groupes se révéla supérieure à la technique individuelle, elle-même supérieure à celle de l’exposé. (…)
L’exposé et le cours magistral
Dans la première situation, qui n’est pas sans analogies avec la pédagogie traditionnelle et le cours magistral, l’auditoire est essentiellement passif et surtout, en situation d’infériorité par rapport au technicien, seul détenteur du savoir. Chacun écoute les arguments, en reconnaît peut-être la valeur, mais interprète également les conseils comme des tentatives de manipulation et donc, reste sur la défensive. De plus, dans l’auditoire, chacun reste isolé, ne perçoit des autres que des réactions atténuées, difficiles à interpréter. Si bien que, pour chacun, les normes du groupe demeurent inchangées et l’illusion de la majorité continue à agir. Accepter le changement proposé reviendrait, dans ces conditions, à se mettre en marge du groupe avec tous les risques que cela comporte.
La relation de conseils individuels, le préceptorat
Dans la situation de conseils individuels, où la relation s’effectue de façon analogue à celle du préceptorat, l’individu est encore plus isolé des autres.
Suivre les recommandations du technicien, c’est s’éloigner de ceux du groupe ou de ceux qu’on perçoit comme tels. C’est donc perdre la sécurité, à moins que la relation duelle ne favorise un climat de confiance capable de dissoudre l’angoisse éprouvée devant la nécessité de changer (…)
C’est, en définitive, ce rapprochement psychologique qui peut seul (et seulement dans une certaine mesure) faciliter le changement.
La situation de groupe
Dans la situation de groupe, le moniteur ou l’animateur reste psychologiquement plus proche des participants. Ceux-ci peuvent exposer les motifs de leur résistance et perçoivent plus clairement la diversité des opinions peu élaborées. Au fur et à mesure que la discussion avance, chacun perçoit plus nettement les opinions des autres et peut même constater leur changement. Chacun se sent soutenu par le groupe. (…)
Conclusion de l’étude
En définitive, deux facteurs doivent être pris en considération dans le changement :
* la distance psychologique de l’agent de transformation
* la perception de l’évolution des normes dans le groupe.
La résistance au changement diminue lorsque la distance psychologique diminue et surtout lorsque l’évolution des normes du groupe est perceptible.
Gaston Lanneau, 1927-2010 :
« Pédagogie des groupes, changement et intégration des connaissances
in « la pédagogie contemporaine »
Ouvrage coordonné par J.M. Gabaude (1972)
Gaston Lanneau fut un hussard noir de la république (2) lorsqu’on reconstruisait la France dans les années cinquante, puis devint professeur de psychologie sociale (3) à l’Université de Toulouse le Mirail -Jean Jaurès. Décédé le 21 juin 2010, il n’a cessé jusqu’au dernier moment son travail auprès de ceux qui furent ses étudiants. (Sur le site de son fils Patrick Lanneau).
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NOTES :
- Kurt Lewin est incontestablement l’un des pionniers de la psychologie sociale et de la théorie du champ. Il est le créateur, l’inventeur de la dynamique de groupe.
- Hussard noir est le surnom donné aux instituteurs publics sous la IIIe République après le vote des lois scolaires dites « lois Jules Ferry » et le vote de la loi de séparation des Églises et de l’État, le 9 décembre 1905. Cette expression a été inventée par Charles Péguy.
- Psychologie sociale : « La psychologie sociale représente une branche de la psychologie qui se consacre à l’analyse des interactions, perceptions et influences sociales. Sa définition la plus largement acceptée, et dont la pertinence s’impose aujourd’hui encore, reste probablement celle de Gordon Allport, pour lequel elle s’attachait à « comprendre et expliquer comment les pensées, les sentiments et les conduites des individus sont influencés par la présence réelle, imaginaire ou implicite d’autrui ». Sur le site de l’Encyclopédie Universalis.

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Une situation particulière : la conférence interrompue
Une situation nous a été rapportée en cette rentrée 2023, celle où l’exposé magistral d’un•e conférencier•e est transformé en « conférence… interrompue ». Car les conférences, les exposés, les cours magistraux etc. ont, comme on l’a vu plus haut, le désagrément de rendre l’auditoire passif et la ou le technicien•ne ou expert•e, tout•e puissante•e.
Voir un compte rendu dans l’article suivant.
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