Par Nadine Lanneau, anciennement professeure documentaliste en collège et lycée dans l’Education nationale. Publié dans Système éducatif.
Le grand bond en arrière…
Airs martiaux au Ministère de l’Education : « Nous ne sommes plus dans le temps des constats. Nous sommes dans le temps de l’action », dit G. Attal, notre ministre.
Alors en avant…
mais
en mettant la marche arrière ! ![]()
…
…au temps de Guizot
Retour en arrière au début du XIX° siècle, chez François Guizot (1787-1874), le ministre de l’Instruction publique de Louis-Philippe, « le roi bourgeois » : « Par la loi du 28 juin 1833, il fonde l’enseignement primaire public et généralise les Écoles normales primaires pour la formation des instituteurs ». Tout était à faire dans un enseignement inexistant et/ou aux mains du Clergé.
Pourquoi effectuer ce rapprochement avec ce ministre conservateur mais cependant « éclairé » ?
A cause des « actions » innovantes (?) proposées à l’heure actuelle par Attal. Ainsi :
Des manuels scolaires d’Etat, des manuels officiels
« Les manuels scolaires sont « trop hétérogènes », explique le ministre […]« La question de la labellisation des manuels est posée ». L’enjeu n’est pas seulement la fin de la liberté d’édition, ce qui est déjà énorme. C’est l’imposition du manuel ministériel unique, avec ce que cela veut dire pour les pratiques enseignantes, qui s’annonce. L’Institut Montaigne récemment demandait de mettre fin à la liberté pédagogique pour plus d’efficacité. G Attal va le faire ». Lire ici dans le site du Café Pédagogique.
Complexité du personnage de Guizot
Plusieurs exemples pour nous éclairer.
Tout d’abord :
- Guizot était un historien de grande envergure, un universitaire, mais en même temps, un homme cruel pour le Peuple et en particulier pour les enfants travaillant en usine. En effet, alors qu’un récent Rapport sur la santé des ouvriers des manufactures publié par le Dr Villermé préconisait que le travail des ENFANTS DE MOINS DE 8 ANS soit limité à 15 HEURES PAR JOUR, Guizot déclara de manière cinglante devant la Chambre : « MONSIEUR, VOUS VOULEZ NOUS FAIRE UNE GÉNÉRATION DE PARESSEUX ! »
- Cruauté de classe, cruauté envers le Peuple : Elle concourut à la révolution de février 1848 et à la chute de la royauté.
Autre exemple et non des moindres, une des facettes du personnage :
- « En 1815, Guizot avait adhéré à la Société pour l’instruction élémentaire qui soutenait en particulier l’enseignement mutuel, venu d’Angleterre et alors très en vogue. – Enseignement mutuel : un enseignement qui serait à revisiter, enseignement d’un intérêt certain, en tout cas complètement ignoré d’Attal, à des années-lumières de ses conceptions pédagogiques, si tant est qu’il en eut.
- « Fondé sur la co-instruction entre enfants, (on dirait aujourd’hui en l’adaptant « enseignement par les pairs »), ce mode d’enseignement trouve son origine en Angleterre à la fin du XVIIIème siècle et se propage sur le continent européen dès 1814. L’Écossais Andrew Bell et l’Anglais Joseph Lancaster développent la mutual tuiton et le monitorial system afin de généraliser et massifier l’enseignement élémentaire.
- Il s’agit de réunir dans une même salle un seul maître et des enfants de tous âges et de tous niveaux et de les regrouper en fonction de leurs capacités ».
- « L’enseignement mutuel, une « innovation » pédagogique au début du XIXème siècle » Cliquer.
Attal, au début du XXIème siècle, comme Guizot, au début du XIXème siècle, ne fait que défendre des intérêts de classe…la sienne, la classe bourgeoise. En tout cas aucunement les intérêts du Peuple !
Un tweet de Philippe Meirieu

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NOTES
Le manuel officiel de Guizot :



Les manuels officiels sous Guizot.
« Guizot veilla à l’édition et à la diffusion des manuels scolaires, distribués gratuitement aux enfants indigents. Ces derniers, en 1833, représentaient 23% des élèves du primaire en moyenne, mais plus de la moitié dans certains départements ».
Vers l’alphabétisation de masse
Le manuel de lecture courante ici est typique de l’enseignement tel que le voulait Guizot : à la moral et religieux pour empêcher le Clergé de s’introduire en masse dans l’Ecole. Et puis plus profondément, Guizot était d’obédience protestante.
« La loi Guizot précise le contenu de l’enseignement : « L’instruction primaire élémentaire comprend nécessairement l’instruction morale et religieuse, la lecture, l’écriture, les éléments de la langue française et du calcul, le système légal des poids et mesures » (article 1)…
Non sans préciser : « Le vœu des pères de famille sera toujours consulté et suivi en ce qui concerne la participation de leurs enfants à l’instruction religieuse » (article 2) ! Autant dire que dès 1833, sous le règne du roi Louis-Philippe, on met des limites à l’influence de l’Église… »
« L’enseignement primaire élémentaire est gratuit pour les enfants des familles pauvres – un sur trois environ -. Pratiqué le plus souvent dans une classe unique, sans souci des niveaux, il permet aux enfants les plus faibles d’être soutenus par les autres. Notons que les châtiments corporels sont interdits par la loi dès 1834 ».
On remarquera que la lecture est segmentée, syllabique, alors qu’il s’agit de lecture courante. Loin de la véritable lecture. Le choix de la massification, c’était d’abord le choix d’une lecture à peu de frais…
Lire ici sur la page Hérodote.
- Site des descendants de François Guizot. « Publications numériques : Une [action] importante dans une perspective culturelle et historique a été la création en 2008 du site www.guizot.com rassemblant des contenus documentaires sur Guizot, sa famille et son œuvre politique et intellectuelle. Les contenus ont été établis essentiellement par l’historien Laurent Theis. Le site est régulièrement enrichi et actualisé en complétant les thématiques existantes et en effectuant une veille des travaux scientifiques et historiques consacrés à Guizot et son action.
Les images des manuels scolaires officiels sous Guizot sont sur le site.
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Nadine Lanneau, prof documentaliste à la retraite.
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