Raymond Millot est parti le 19/08/2024

Paroles pour se souvenir

« Il y a un an, le 19 août 2024, à 98 ans, Raymond Millot quittait ce monde si désespérant, lui qui avait voué sa vie à la cause des enfants, des élèves, avec un tel optimisme, dynamisme et conviction pour transformer radicalement le système éducatif : il y avait réussi, avec sa compagne Rolande, en mobilisant des équipes d’institutrices et d’instituteurs entre les années 60 et 2000, à l’intérieur du système scolaire public, à Vitruve à Paris et à la Villeneuve de Grenoble. Les élèves, il les avait émancipés, un temps, de tous les pouvoirs (des adultes, de l’administration délétère de l’Education nationale, de ses absurdités). Il laisse le souvenir d’un être humain au service des autres ; Un homme de coeur, de courage qui tenait à faire partager ses idées, à convaincre dans notre collectif Education bien Commun à partir de 2020 à une époque où tout le monde baissait les bras (le Covid, Macron, Blanquer etc.) Un libertaire comme il se voulait, un homme libre… » NL

***

De son éditeur Florent Massot : « Cela fait un an que Raymond nous a quitté.e.s. Nous pensons à vous tous et toutes et bien sûr à lui qui nous manque tant. Nous allons remettre en avant son dernier écrit auquel il tenait tant : « Bifurquer… Changer l’ordre millénaire ! » Ouvrage si nécessaire et dans l’actualité. »

***

Le site des éditions Massot étant en rénovation en ce moment, voici une présentation du livre sur le site de la librairie Ombres blanches : « Partant du mouvement Me Too et du rapport de la CIIVISE qui tous deux dénoncent le statut d’objets sexuels que subissent femmes et enfants, j’invite à réfléchir plus globalement sur le statut d’objet que la famille et la société assignent à l’enfant, et notamment, le système éducatif qui vise à le formater de multiples manières. »

Un livre vraiment dans l’actualité, qui dénonce mais qui propose surtout des solutions pour transformer radicalement la vie des enfants et des jeunes, leur statut, en particulier dans le système éducatif.

***

De Vincent G. : « Un an déjà ! Je ne peux l’admettre. Dans ma vie, j’ai une dette immense envers lui. Chaque jour, sincèrement, je pense à lui et il est là. Sa joie, sa gentillesse et la clarté de son regard sont si essentielles qu’il ne nous a pas quitté : il est juste parti faire un tour. Merci cher Florent (que je ne connais pourtant pas) de penser à lui. »

***

De Stéphanie : « Merci Florent pour ton message ! Un an le 19 août et toujours bien présent aussi dans mon quotidien. Notre dernier échange, le 19 au matin, a porté sur la préoccupation de Raymond d’explorer ce que pourrait être un système éducatif aligné sur le statut du système de santé qui serait indépendant du pouvoir politique.  Remettre en avant la brochure : plus que jamais nécessaire car face à notre monde fracturé c’est le discours de l’adaptation – rien de bien neuf – qui s’impose à l’école, ce même refrain qui irradie tous les discours mainstream. L’école de demain est celle de l’adaptation : trop tard pour transformer, bifurquer ; alors face aux défis socio-environnementaux, à l’explosion de la pauvreté, apprenons à nous adapter aux incendies, canicules, extrêmes climatiques, aux injustices socio-climatiques. Et pour apprendre, la puissance de l’IA…  Résister face à la montée des autoritarismes et à l’injonction de soumission : il faudra réunir nos forces, aligner nos actions. Raymond reste à nos côtés. J’ajoute au fil les membres du groupe EducationBienCommun-CNNR (Conseil National de la Nouvelle Résistance – groupe éducation). »

***

Sur le site du CNNR groupe Education que Raymond a contribué à créer. « Le groupe Education du CNNR fait partie du collectif « Convergence(s) pour l’Education nouvelle » Dans ce cadre, il organise aussi des séminaires et des ateliers avec l’Université du Bien commun: « Au cours de la Biennale internationale de l’éducation nouvelle, qui s’est tenue à Nantes – St-Herblain récemment, le CNNR a rendu un hommage à Raymond Millot, qui vient de nous quitter à 98 ans. Il venait tout juste de publier un ouvrage majeur sur l’éducation nouvelle, et un manifeste pour la protection des enfants. « Bifurquer, changer l’ordre millénaire » Sur le site du CNNR groupe Education.

« Bifurquer, quitter l’ordre millénaire. Raymond Millot nous a quitté le 19 août dernier. Il avait 98 ans.

Nous, le Groupe Éducation du Conseil national de la nouvelle Résistance, le CNNR, travaillons à partir de ses écrits. En février, il nous envoie un texte : « Je le lis, le relis … Son texte est très puissant, il me fait un choc. Je ressens une urgence, une nécessité, une évidence à le faire connaître, à proclamer ce cri d’alerte. Il m’habite, tourne dans ma tête, je réfléchis à une proposition pour le faire rayonner de la façon la plus créative, percutante, inspirante et mobilisatrice. Ce texte ne doit pas rester comme une énième déclaration mais comme un cri d’alarme qui secoue la morosité et la mollesse ambiante. Le voici aujourd’hui. » Retour sur la biennale 2024 de l’Education nouvelle.

Raymond a accepté d’en dire des extraits et je le remercie pour ce précieux cadeau. » Lire son texte dans la page du CNNR.

***

De Gégé Gérard Delbet : « Je m’associe à tous les hommages pour l’ami Raymond. J’envoie l’un de ses textes écrit en 1967. Comme, je crois, qu’il n’a pas pris une ride, ce peut être intéressant de le publier à nouveau. Ou d’en prendre connaissance ou de le lire seulement. Comme on veut.

Je vous salue toutes et tous, courage et amitiés. Salut et fraternité. »

[Je propose de publier ici le beau texte de Raymond Millot que nous a envoyé Gégé. Il sera aussi dans une autre page du site et transmis au site Riposte Education. NL]

Voici la présentation du texte par Gégé :

« Ce texte publié à la rentrée de septembre 1967, je l’ai exhumé de mes recherches sur l’histoire de l’école Vitruve dans le but d’étayer un livre sur les origines de cette école, ses débuts, ce qui a pu être réalisé depuis sa naissance en 1962 et surtout, sur ce qui a constitué et permis les conditions de sa survivance et de sa continuité dans l’école publique jusqu’à aujourd’hui. »

[Je mets en gras ce passage très significatif de l’envoi de Gégé…]

« On pourra lire avec plaisir et apprécier tout l’intérêt, toute la justesse de ce texte signé de Raymond, sans doute rédigé pendant l’été 1967 avec, comme toujours, l’aide précieuse et riche de Rolande.

Il se trouve que cet épisode de la kermesse de mai 1967 à Vitruve, est, de mon point de vue, l’un des moments essentiels de la mise en place de cette école en tant que telle. Comme unité fondamentale du projet initié par Robert Gloton, dépassant la forme « classe », l’école semble être devenue à cet instant précis, pour les instits sur place parmi les plus éclairés, Raymond, Rolande, Josette Broquet, Huguette Leygnac, Pierre Cordelier, un point de bascule, une encoche, un tournant vers une nouvelle forme scolaire, « leur propre maison ». C’est une nouvelle approche du lieu éducatif qui se prépare à se mettre en place et qui va permettre sa perpétuation et sa pérennité.

Tout le monde saura apprécier à sa juste valeur, bien sûr, la dernière phrase de ce texte : en effet, Raymond, quelle kermesse ce fut l’année suivante !« 

« J’en profite pour remercier tous ceux qui viennent d’écrire et les mots choisis. Je me joins à toutes et tous pour te remercier Jenny de ce creuset de rencontres et d’échanges. Je t’envoie mon amitié. »

Gégé Gérard Delbet

Le beau texte de Raymond

A l’école Vitruve en 1967

Une école publique pas comme les autres

Le point de vue des enseignants – kermesse 1967 – Un bilan très positif – Un appel Vitruve : un bilan très positif d’après les enseignant•e•s

L’exemple de la kermesse 1967

Depuis la création du GROUPE EXPÉRIMENTAL de la rue Vitruve, voici maintenant 5 ans, les enseignants absorbés par leur passionnante, mais difficile entreprise, n’avaient pu, dans leur ensemble, participer à la KERMESSE de l’école.

Cette année enfin, ils ont pu joindre leurs efforts à ceux des Associations de Parents d’Elèves et d’Anciens Elèves, dont l’un des mérites est d’avoir su persévérer seuls pendant des années.

Le but traditionnel des kermesses est de rassembler un peu d’argent pour aider les enseignants à faire face aux non moins traditionnelles carences de l’Etat dans le domaine de l’Ecole Publique.

Un nouvel objectif pour cette kermesse

Cette année, un but supplémentaire était visé par les enseignants, cimenter les rapports de tous les enfants avec l’Ecole, détruire les compartimentages entre classes, établir des liens entre enfants-maîtres-parents, créer l’esprit d’école indispensable pour mener à bien l’œuvre éducatrice entreprise. Pendant trois mois, chaque classe en Conseil de Coopérative (qui se substitue dans les horaires aux traditionnelles leçons de morale), les enfants ont cherché, inventé des jeux, imaginé une campagne publicitaire, préparé des travaux divers pour l’exposition, réalisé des plans de l’école, du préau, des boutiques. Ils ont dessiné, calculé, écrit…

Un conseil périodique des Présidents de Coopérative, a coordonné, relancé les efforts, entretenu l’intérêt par un affichage régulier des nouvelles sur l’avancement du travail.

Les maîtres ont de leur côté organisé une Exposition pédagogique, portant sur la Mathématique, la Grammaire, l’expression écrite du CP au CM2 (exposition malheureusement trop peu visitée).

Les associations (Anciens Elèves, Parents d’Elèves) ont construit des boutiques (tubes acier et isorel) installé l’éclairage, la sonorisation, organisé la buvette, la tombola et certains jeux, rassemblé les lots, tenu les comptes.

Quoi d’étonnant, après tout cela, que le soleil ait été de la partie ? Et que la kermesse se soit parfaitement déroulée ?

Enfants, Maîtres, Parents ont tiré le bilan. La satisfaction est, semble-t-il, générale. Côté enfants, conseils de classe et d’école ont fait le point sur les jeux, le climat de la kermesse, l’utilisation des sommes gagnées par le travail particulier de chaque classe (vente de journaux, de livres, d’objets divers) sortie, achats d’électrophone, épiscope, livres, disques, etc.

AVIS AUX BONNES VOLONTÉS

Les maîtres ont vu avec joie les enfants participer d’une manière parfaite et évoluer au cœur de la foule nombreuse, se sentant à l’aise DANS LEUR PROPRE MAISON. Aucun énervement, aucun acte de vandalisme, de négligence, seulement une très grande et très joyeuse bonne volonté. Le but poursuivi a été atteint et tout porte à croire qu’il le sera encore mieux l’an prochain.

La part de fonds réunis collectivement et attribués aux classes par les associations, sera selon la décision des maîtres, utilisée ainsi :

  • Classes élémentaires : L’école ayant abandonné le système de classement, il était normal que celui des prix le soit aussi. Le distinctions honorifiques n’ont pas lieu d’être dans l’école où l’on s’efforce d’obtenir de chaque enfant le maximum d’efforts compatibles avec ses moyens en répondant à ses intérêts, à son goût de l’activité. Il n’y aura donc pas de prix achetés avec ces sommes, mais une IMPRIMERIE.
  • C.E.G. :  Achat de rideaux noirs pour la salle de travaux pratiques – et Prix.

Côté Associations Anciens Elèves-Parents d’Elèves, le bilan moral et financier sera fait plus loin.

Pour conclure

Après ces propos optimistes :  nous lancerons un appel pressant.

Trop de parents considèrent l’école comme un service public de gardiennage et c’est une grande déception pour les enseignants de voir leurs invitations, leurs offres de dialogue sans beaucoup de réponses.

Car notre école est une « école ouverte », les parents sont invités fréquemment à venir parler de leurs enfants, des méthodes, à assister à la classe.

Ce serait pour les enseignanes et les enseignants, un grand encouragement si les parents rejoignaient en grand nombre l’Association de parents, non seulement en versant leur cotisation, mais en sacrifiant chaque année quelques heures de leurs loisirs. Ils montreraient ainsi qu’ils comprennent et appuient les efforts des maîtres pour réaliser l’Ecole heureuse, l’Ecole de demain…

La kermesse de 1968 a besoin de vous. Nous espérons que notre appel sera entendu.

Pour l’équipe des Maîtres, Raymond MILLOT

Extraits du Bulletin n°23, rentrée 1967 (Association Amicale des Anciens Élèves, Association des Parents d’Élèves de l’école Vitruve, 3 rue Vitruve, Paris 20e)

***

Qui était Robert GLOTON ? Robert Gloton est un pédagogue, inspecteur de l’Éducation nationale française et président du Groupe français d’éducation nouvelle (GFEN) à partir de 1969. Il est connu pour les travaux menés sur l’éducation nouvelle dans le Groupe expérimental du 20e arrondissement de Paris autour de l’école Vitruve. Wikipedia

Il a écrit :

« Et je sais que de

tout ce que nous aurons

accompli tous ensemble,

quelque chose

continuera à vivre. »

***

Retour


En savoir plus sur Education, bien commun !

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire