Archives

Les ACTUALITES depuis le 3 mai 2022

***

7 juin 2023

L’Ecole Vitruve fête ses soixante ans !

Yves Reuter, professeur émérite à l’université de Lille, fondateur de l’équipe de recherche en didactiques Théodile (aujourd’hui intégrée au sein du CIREL) et auteur d’un rapport de recherche en 2019 a été interviewé par l’équipe de ToutEduc : « Vitruve est une des plus anciennes écoles expérimentales qui pratiquent une pédagogie différente, sur Paris. Elle a été fondée en 1962 par l’inspecteur Gloton, qui était en même temps membre du GFEN (Groupe français d’éducation nouvelle).

L’école se situe dans le 20ème arrondissement de Paris, dans un quartier à l’époque caractérisé par un milieu très défavorisé et un taux d’échec des élèves très important. Pour lutter contre cet échec scolaire, Robert Gloton a essayé d’impulser cette pédagogie différente dans plusieurs écoles de l’arrondissement, et aujourd’hui l’école Vitruve est la seule survivante. Bien sûr elle a connu des crises, comme cela arrive dans tous les collectifs, mais les équipes ont toujours réussi à les surmonter et à intégrer de nouveaux collègues ».

« La pédagogie pratiquée se caractérise en premier lieu par les projets, des projets tous azimuts. Le plus connu c’est la braderie où participent les élèves, les enseignants ainsi que les parents. C’est quelque chose de très important car cela permet aux enfants de partir en classe verte.

Une autre de ses caractéristiques est l’importance des pratiques coopératives, là encore entre élèves, enseignants, et parents. Elles sont généralisées et s’articulent avec les projets. Un des éléments majeurs, c’est aussi d’avoir une gestion collégiale« .

« En plus, dans cette école, les élèves ont du pouvoir. Il existe des conseils où des règlements peuvent être proposés ainsi que des dispositifs de médiation lors des conflits. Ce qui est intéressant c’est qu’il y a une éducation à la citoyenneté qui se fait par la citoyenneté ».

« En termes de résultats, on peut dire que les résultats sont au moins équivalents à ceux des autres écoles, et qu’ils sont meilleurs sur toute une série de compétences transversales ou psychosociales comme la capacité d’auto-organisation ou celle de travailler en équipe ». 

« ToutEduc : Justement, qu’est-ce qui fait, selon vous, que ce modèle perdure ?

Yves Reuter : Je crois que la direction tournante a été quelque chose de déterminant, car l’expérimentation n’était pas attachée à tel ou tel leader. »

« A Vitruve, ils réfléchissent aussi constamment à l’amélioration des liens avec les familles de milieu défavorisé. Il y a vraiment un travail de fond qui est fait. Un des intérêts complémentaires de cette école, c’est de conserver la mixité sociale, alors que cette mixité devient de plus en rare à Paris ».

Yves Reuter a écrit un rapport en 2019 : « L’Ecole Vitruve : un laboratoire de l’expérimentation pédagogique. Rapport final de la recherche. Intitulé de l’action : « Mise en place d’une organisation collégiale à l’échelle d’une école ». Yves Reuter, Professeur émérite à l’université de Lille, membre associé du LACES (E.A. 7437).

Ce rapport se trouve dans notre site en fin de cette page d’accueil. Le Pdf est à lire ici.

C’était la formule de Freinet : Freinet affirmait que «c’est à plusieurs que l’on apprend tout seul» . C’est à dire, la pédagogie de Freinet s’appuie fortement sur le travail collaboratif des élèves. Freinet a estimé que les enfants apprennent mieux lorsqu’ils sont engagés dans un cadre social. Et que l’enseignant devrait être considéré comme un facilitateur plutôt qu’un instructeur ». Lire ici.

***

19 mai 2023

Crise climatique : « Les programmes de sciences économiques et sociales au lycée portent la marque d’une vision dépassée »

« Un collectif d’enseignants et de chercheurs déplore, dans une tribune au « Monde », que les questions d’écologie n’occupent qu’une place minime dans les classes au regard des enjeux. Aussi s’engagent-ils à constituer au plus vite un groupe de travail pour refonder les programmes de SES ». Article pour abonné•e•s.

« Les élèves connaissent l’ampleur de la crise climatique et prennent conscience de l’effondrement du vivant, travaillent en classe sur les limites écologiques de la croissance, mais continuent d’être formés à des modèles économiques qui ne tiennent pas compte de ces limites ou prétendent pouvoir les ignorer en recourant à l’innovation technologique. De même, ils et elles apprennent à analyser les rapports de pouvoir et d’inégalité, mais sans pouvoir véritablement les articuler aux enjeux environnementaux ». Sur le site du Monde. Pour abonné•e•s.

***

Mai 2023

Le mois de tous les abandons : des lycées professionnels et de la mixité scolaire dans les collèges

Un choix a été fait par le ministère de l’Education et le chef de l’Etat E. Macron : abandonner les élèves de milieu défavorisé. C’est d’abord leur formation qui est complètement transformée : on privilégie les stages en entreprise au détriment de l’enseignement en lycée

Pourtant la formation en lycée professionnel est plus efficace que celle donnée dans les centres d’apprentissage : en lycée professionnel, 3 élèves su 4 obtiennent le bac pro contre 2 sur 5 dans l’apprentissage car là, beaucoup décrochent. Or, il faut que les élèves du professionnel obtiennent un bac et aient une formation de qualité comme le réclament leurs patrons dans les conventions de branche. Et une formation de qualité ce n’est pas une formation sur le tas mais une formation en lycée pro avec leurs enseignants, incluant des enseignements artistiques et culturels comme dans les lycées généraux et non pas uniquement des cours de « fondamentaux » au rabais.

Abandon également des élèves défavorisés par le ministre Pap N’Diayé qui a renoncé contre toute attente à son plan « mixité » pour lutter contre les inégalités scolaires et sociales. C’est E. Macron qui a encore mis le holà et le ministre a fini par abandonner sa volonté de vaincre les résistances. Sur le site du Café Pédagogique « Choukri Ben Ayed, chercheur spécialiste des questions de mixité scolaire, réagit à l’abandon du plan mixité par le ministre de l’Éducation nationale. Un abandon d’autant moins compréhensible selon le chercheur qu’il est le fait d’un ministre pas comme les autres. D’un ministre issu lui aussi du milieu scientifique, un ministre qui sait l’importance de la mixité dans la lutte contre les déterminismes ».

« là nous avions un collègue, venant de la communauté scientifique, travaillant sur la discrimination et la cause noire en France. Comment aurions pu nous imaginer son indifférence à la mixité sociale ? Qu’il ne discute avec aucun collègue, avec aucune organisation collégiale. Nous lui avons fourni des actes, des préconisations. Aucun retour. Depuis 2015, nous travaillons sur les territoires, nous échauffons une politique nationale de mixité sociale livrée presque clés en mains au Ministre. Depuis quoi ? Le silence. La fermeture du ministère sur lui-même. Cela prouve au moins une chose, faire défendre les intérêts des dites « minorités » par l’un de ses membres n’a aucune plus-value voire peut-être pire. Finalement, il y a bien un changement de style mais nous avons un scénario à la Jean Michel Blanquer : pas de sujet, fichez le camp, y’a rien à voir. Est-ce digne du parcours de ce prestigieux collègue ? J’en doute. La politique décidément broie les personnes. Les ordres venus d’en haut étaient plus forts que les alertes venues d’en bas. Chacun sa conscience… » Choukri ben Ayed : « Les ordres venus d’en haut étaient plus forts que les alertes venues d’en bas ».

Pour « François Dubet, sociologue, dans un article du Monde : « La défense du statu quo scolaire est une défense de caste ». « Il dénonce, le retour d’une « vraie droite » qui cherche à maintenir les privilèges des familles les plus « riches ». Le 15 mai, article pour abonné•e•s.

Et sur Facebook, l’ancienne ministre de l’éducation (sous Hollande) Najat Vallaud Belkacem, au sujet de la mixité sociale à l’école a laquelle elle avait donné en 2015, une forte impulsion depuis son ministère : « J’avais affronté et géré les résistances, il suffisait de poursuivre sur la lancée ».

Elle explique sur le site du Café Pédagogique pourquoi il faut de la mixité sociale à l’école :

« Pourquoi est-ce si important la mixité sociale à l’école ?

Pour au moins trois raisons. D’abord une question de justice sociale. Des écoles non mixtes cela signifie un système scolaire qui grave dans le marbre les inégalités de naissance et même les amplifie en construisant une ségrégation et des communautés de destins différents.

Ensuite pour une question de réussite collective : si tant est qu’on conçoive la réussite scolaire d’un pays comme un enjeu majeur – tout à la fois pour des raisons économiques, de créativité, de place dans le monde …- , il est tellement évident qu’en mélangeant les élèves on multiplie les opportunités de toutes parts. Pour les enfants des classes défavorisées, parce qu’on les met au contact de pairs à l’environnement plus propice à la réussite, à l’appétence et à l’ambition scolaire, ce qui les tire vers le haut. Pour les enfants les plus favorisés parce qu’à eux aussi l’hétérogénéité ouvre des perspectives, à commencer par une emprise sur le véritable monde qui n’en fasse pas de futurs déconnectés.

Pour le climat scolaire, et le bien-être professionnel des enseignants, parce que la mixité est la meilleure façon de lutter contre l’idée que les jeux sont faits, les dés pipés à l’avance. C’est donc la meilleure arme contre la création de communautarismes de fait se construisant dans le rejet de l’école et de ses codes, et plus généralement le rejet des institutions qui ne semblent jamais tenir la promesse d’égalité pourtant inscrite à leur fronton.

Enfin pour notre qualité de vie tout simplement, car qui peut vraiment imaginer que des enfants grandissent dans un monde de ségrégation et d’horizons limités, génération après génération, et n’en nourrissent pas de rancœur ? »

Elle analyse ensuite « ce qui limite l’action en matière de mixité c’est d’abord une série de mythes collectivement intériorisés »

[…]

« Le problème de ces mythes c’est qu’ils sont autoréalisateurs. Oui, à force de laisser ce séparatisme de fait s’installer dans les collèges, on a vu apparaitre des établissements marqués au fer rouge de la réputation de n’héberger que des « élèves à difficultés » qui font fuir les autres, alimentant ensuite la crainte qu’une opération « mixité sociale » vienne importer leurs difficultés dans un cadre qui en était préservé ».

Des expérimentations menées depuis 2015

Les expérimentations qui ont été menées pour rester au plus près du local, en associant tous les partenaires : « Ainsi parmi les quelques 80 expérimentations lancées, certaines ont fait le pari de l’amélioration de l’offre de formation. Ce fut le cas au Petit Bard à Montpellier avec le collège Simone Veil qu’on a rendu très attractif. D’autres ont misé sur les filières entre collèges et lycées, comme à Strasbourg. Parfois en associant l’enseignement privé, comme ce fut le cas à Redon, avec des résultats très probants.

Lorsque la ségrégation semblait irrémédiable, des élus courageux ont pris la décision toujours difficile de fermer un collège pour répartir autrement les élèves, comme ce fut le cas à Nîmes ou à Toulouse. Enfin, d’autres territoires ont choisi d’expérimenter les secteurs dits « multi collèges » rendus possible par la loi de refondation de l’école du 8 juillet 2013. Ce fut notamment le cas à Paris, qui reste la ville où la compétition scolaire est la plus féroce ».

« Quel bilan tirez-vous de votre action en faveur de la mixité ?

Les résultats sont aujourd’hui connus, ils ont été étudiés par les chercheurs qui accompagnaient la démarche et notamment Julien Grenet et Elise Huillery ». Sur le Café Pédagogique : « Najat Vallaud Belkacem : « J’avais affronté et géré les résistances,  il suffisait de poursuivre sur la lancée ».

***

11 mai 2023

L’éducation bien commun : une autre façon de penser l’école ?

***

20 avril 2023

Elisabeth Borne accusée de faire du « mépris social » par une étudiante : la parole des jeunes se libère !

« Nina Fleury-Panel, une étudiante qui a gagné un concours d’éloquence, s’est exprimée devant Elisabeth Borne à l’occasion d’une rencontre avec des jeunes à Matignon. Son discours très critique à l’encontre des autorités a paru surprendre l’auditoire – notamment le porte-parole du gouvernement Olivier Véran – et a suscité beaucoup de commentaires sur les réseaux sociaux ».

Sa conclusion :

« Madame la première ministre, nous allons construire un nouveau monde, nous allons construire le monde de demain et nous vous demandons aujourd’hui de ne pas y faire obstacle ».

Voir la vidéo sur youtube.

Ces interventions, celle de cette étudiante en sociologie, à Matignon et celle de Dominik Moll devant le ministre de l’Education à la Sorbonne, seront certainement suivies d’autres à l’avenir. Cela serait souhaitable pour faire bifurquer la société et l’Ecole !

***

11 avril 2023

« Humiliations, insultes, violences… un rapport dénonce des maltraitances dans les crèches »

« Des enfants sont maltraités dans certaines crèches. Voilà l’une des principales conclusions d’un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) publié ce mardi. Elle préconise donc de profondes réformes et appelle à un « changement de regard » sur ce secteur ».

« l’Igas s’alarme d’une qualité d’accueil « très disparate » et appelle à de profondes réformes ». « Au côté de crèches « de grande qualité, portées par une réflexion pédagogique approfondie« , on trouve aussi « des établissements de qualité très dégradée« , ce qui peut entraîner « des carences dans la sécurisation affective et dans l’éveil » des tout-petits, soulignent les auteurs de ce rapport ».

« Le sujet de la maltraitance sur les enfants est « trop peu interrogé  » d’après l’Inspection générale des affaires sociales, alors même que « les zones de risque et les faits remontés sont identiques à ceux que l’on constate dans tout accueil de personnes vulnérables et dépendantes « . Les auteurs du rapport font notamment référence aux maisons de retraite et aux établissements pour personnes handicapées ».

Violences sur les bébés :

Par la voix de Cyrille Godfroy, son co-sécrétaire général, le Syndicat national des professionnels de la petite enfance (SNPPE) se dit « soulagé qu’enfin une inspection générale dise tout haut ce qu’on revendique et ce qu’on dénonce depuis des années ». Pour Cyrille Godfroy interrogé par France Info, les maltraitances sur les enfants dans certaines crèches sont la conséquence de politiques menées depuis de nombreuses années : « On a un gouvernement qui privilégie le chiffre à la qualité d’accueil ». Lire ici.

***

7 avril 2023

Dénonciation de l’Ecole à la Sorbonne !

Chaque année, la cérémonie du César des lycéens, récompense un film à la Sorbonne.  Il est attribué par un corps électoral de 2000 élèves, distinguant l’un des cinq films nommés dans la catégorie « meilleur film« . La cérémonie a eu lieu le 7 avril à l’occasion d’une rencontre-débat avec plus de 700 lycéens et en présence du lauréat, Dominik Moll, du ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse Pape NDiaye, et de la présidente de l’Académie des César, Véronique Cayla.

Sur Wikipedia : Le film est un thriller franco-belge de Dominik Moll « La nuit du 12 »: Il est inspiré d’un fait divers réel. Dans la nuit du 13 au 14 mai 2013 le corps de Maud Maréchal, 21 ans, est retrouvé calciné à Lagny-sur-Marne. Son meurtrier n’a jamais été identifié. Il en est de même dans le film qui dénonce. La critique met en avant la peinture réaliste du travail quotidien de la PJ dans la lignée de Bernard Tavernier et la revue Première rajoute un petit commentaire politique sur l’actualité en parlant du film comme d’un « plaidoyer [brillant] pour la sauvegarde d’un service public en péril ». La question d’un féminicide est posée mais sans réponse puisque le meurtrier n’est pas retrouvé.

A la Sorbonne, la rencontre-débat a été vivement applaudie par les lycéens car le réalisateur a parlé politique devant le ministre de l’éducation en saluant le courage de celui-ci qui a accepté de travailler au sein du gouvernement de Macron : « Un gouvernement et un président dont les paroles et les actes sont le contraire de ce que devrait transmettre l’école ». Très applaudi !

Alors même à la Sorbonne, on révèle la vraie nature de ce régime, de ce gouvernement, de Macron ! Et en même temps « en même temps » ! critique radicale de l’Ecole et de son fonctionnement qui génère les plus graves inégalités en laissant trop d’élèves au bord du chemin, qui ne promeut pas tous les élèves selon leurs compétences personnelles mais selon celles dictées pour les premiers de cordée. Une école qui n’est pas celle de la promotion collective mais celle de quelques-uns qui méprisent les autres et sont incapables d’empathie et d’humanité. Quant aux compétences manuelles et artistiques, ils sont loin de les posséder ! L’Ecole ne les valorise pas ! Cette caste et ce qu’elle engendre sont un danger immense pour la démocratie !

Une belle leçon très applaudie : à suivre ici sur youtube.

***

4 Avril 2023

Les enfants en détresse psychique : un secteur en grande souffrance

La rédaction de France culture a tweeté sur ce grave problème. Lire et écouter sur le site.

***

Rentrée 2022

L’école doit assumer d’authentiques finalités démocratiques et être au clair avec les défis planétaires : « Contre l’école injuste » 

Depuis la massification de l’Ecole à partir des années soixante qui a été un succès (maintenant 80% d’une classe d’âge au niveau du bac toutes sections confondues), qui s’est interrogé sur les finalités démocratiques de l’Ecole ? Car l’heure n’est plus à la massification mais à sa démocratisation. Et qui a interrogé les savoirs « traditionnels » qui se sont accumulés sans réflexion, parfois sans queue ni tête ? Qui a posé la question des nouveaux savoirs à mettre enfin au clair pour leur donner sens et les faire acquérir aux élèves afin de répondre aux défis planétaires actuels ?

Philippe Champy, ancien ingénieur de recherche à l’Institut national de la recherche pédagogique (INRP), a été initié aux diverses approches de la recherche en éducation. Il a longtemps dirigé les éditions Retz avant d’intervenir de façon critique, dans ses écrits et conférences, sur la politique scolaire française. Jean-François Gauthier, ancien inspecteur général de l’Éducation nationale, a enseigné à plusieurs niveaux scolaires et universitaires avant de se spécialiser dans la comparaison des politiques éducatives dans le monde et d’être reconnu internationalement pour ses travaux sur les contenus d’enseignement. Ils publient en cette rentrée : « Contre l’école injuste », « Questionner l’imaginaire scolaire, discerner les pièges, repenser les savoirs à enseigner ». Quelques citations :

« Pouvez-vous expliquer en quoi et pourquoi l’Ecole est injuste ? »

Notre École est injuste à deux titres au moins, l’un assez connu et l’autre encore laissé dans l’ombre. Ce qui est connu, c’est ce que révèlent aussi bien les études sociologiques et historiques que les évaluations officielles : l’École reproduit voire renforce les inégalités sociales et culturelles entre élèves au lieu de les diminuer. Les dispositifs mis en œuvre pour éviter ce biais structurel n’ont qu’un impact marginal. L’injustice ici est de faire croire à une « égalité des chances » dans la compétition scolaire alors que les dés sont pipés de multiples façons.

Ce qui est moins connu, c’est que les savoirs jouent aussi un rôle déterminant dans le tri injuste des élèves » […]

« Pourquoi considérez-vous que notre système éducatif est devenu indifférent aux savoirs ? »

Regardons ce qu’enseigne l’École : qui en décide ? quelles en sont les finalités d’ensemble ? Déjà là on ne le sait pas, aucun texte ne le définit, on se trouve face à un immense impensé, et du coup à un invraisemblable désordre, fait d’un « socle commun », plus ou moins abandonné, de quantité d’injonctions ministérielles d’enseigner des objets éducatifs divers (éducation à la citoyenneté, au développement durable, etc.) et de l’ensemble des programmes des disciplines scolaires.

Jamais par exemple on ne s’interroge sur les savoirs qui seraient simplement nécessaires aux élèves, pour vivre, pour se repérer dans les complexités du monde. Beaucoup de savoirs que l’École enseigne ne servent à rien, sont oubliés sans que personne ne s’en soucie, parce que l’essentiel de l’attention de l’École est ailleurs, dans les procédures permanentes de sélection et de tri » […] Lire ici sur le site de l’éditeur.

Philippe Meirieu a publié une note de lecture rédigée par Charles Hadji, Professeur honoraire de l’Université Grenoble Alpes : « Sur le problème lancinant de la démocratisation de l’enseignement en France, Philippe Champy et Roger-François Gauthier viennent de publier (chez ESF sciences humaines) un ouvrage relativement petit par sa taille, mais certainement très important par son contenu, et qui mérite de retenir l’attention de tous ceux qui sont concernés par ce problème, c’est-à-dire l’ensemble des citoyens français !  Car il propose une perspective qui pourrait s’avérer révolutionnaire. Le défi est de taille : il s’agit de lutter contre « une inégalité anthropologiquement inacceptable d’accès aux savoirs » (p. 89). »

Philippe Champy et Roger-François Gauthier (2022).
Contre l’école injuste. Paris : ESF sciences humaines
(96 pages, 7,90 euros).

 Lire l’intégralité de la note de lecture de Charles Hadj ici.

***

Août 2022

Apprendre à passer des évaluations au lieu d’apprendre : dès la maternelle ?!

Un exemple de production éditoriale de la rentrée : édifiant !

***

10 août 2022

« Le besoin est urgent de faire de l’enfance une priorité nationale »

« Face à une situation alarmante, aggravée par la crise sanitaire, un collectif de magistrats, de médecins, de responsables d’associations défend, dans une tribune au « Monde », la création d’une délégation aux droits de l’enfant à l’Assemblée nationale, afin de porter dans la durée une pensée politique globale sur l’enfance […]

« Le président de la République s’est engagé, le 20 avril, à ce que l’enfance soit au cœur de son quinquennat. Nous demandons aujourd’hui de passer de la parole aux actes. En ce sens, nous soutenons la création d’une délégation aux droits de l’enfant au sein de l’Assemblée nationale, comme demandé par les députés (socialistes, Nouvelle Union populaire écologique et sociale, Nupes) Isabelle Santiago et Boris Vallaud à la présidente de l’Assemblée nationale […]

« […] en France, au moins 50 000 mineurs sont victimes de maltraitance par an. Toujours en France, un enfant sur cinq vit sous le seuil de pauvreté, 300 000 enfants bénéficient d’une mesure de protection de l’enfance, un enfant sur dix est victime de violences à l’école. Derrière ces chiffres, rappelés dans chaque rapport et étude, ce sont des vies d’enfants qu’il est question […] Lire ici sur la page du Monde. (réservé aux abonnés).

***

Juillet 2022

Au printemps dernier, le 13 mai, l’appel à déserter par les étudiants d’AgroParisTech a été vu sur youtube, plus de 12 millions de fois. Partout, des jeunes et des moins jeunes questionnent le travail. Certains bifurquent pour inventer, ailleurs, une vie qu’ils et elles estiment plus riche.
Le site de Reporterre a consacré une enquête en trois volets sur ce phénomène : « Dans le monde occidental, des millions de personnes quittent leur travail. L’offensive néolibérale, la catastrophe écologique et la pandémie ont attisé cette fugue massive ». Premier volet : « La grande démission ». Second volet : « La désertion, germe d’une contre-société » » et le troisième :« De l’esclave au prolétaire, «la désertion n’est pas qu’une histoire bourgeoise» ».

Reporterre revient, dans une série d’été, sur cette vague. Pour la questionner. Car il n’est pas si facile de tout plaquer. Quelques-uns y parviennent, certains galèrent, d’autres abandonnent.
À travers des portraits et des entretiens, nous nous demanderons : comment faire de la désertion une lame de fond, un raz-de-marée ?« 

La vidéo de l’Appel à déserter des étudiants d’AgroParisTech.

***

30 juin 2022

Les inégalités filles-garçons vues par les enfants

“Il y a plein de gens qui disent que la place de la femme, c’est à la cuisine et tout, et que les hommes, ils doivent partir travailler. Ça ne se fait pas tout ça !” Brut a interrogé plusieurs enfants et adolescents ayant entre 8 et 19 ans. Et voici ce qu’ils pensent de l’égalité fille-garçon. “Les garçons, ils trouvent que les filles, c’est leur boniche. Ils disent ‘va me chercher ça et nananinanana…’”, explique Ariana, 8 ans ». Voici leurs réponses ».

***

13 juin 2022

Pap Ndiaye annonce de « grands débats » à la rentrée : pour changer l’Ecole ?

Sur le site vousnousils l’emag de l’éducation : « L’objectif, pour le ministre, est « non pas de faire un Grenelle de l’éducation, une grand-messe à Paris, mais plutôt au plus près des demandes locales et du terrain. » Enseignants, personnels administratifs, élèves et parents d’élèves, élus et associations devraient être invités à y participer ». […] « A Poitiers, le ministre a évoqué les « malentendus » du gouvernement précédent avec les personnels de l’éducation, liés pour lui à « des questions de délimitation de responsabilité et des questions budgétaires. » Des malentendus qu’il entend régler en étant un « ministre de terrain. » A voir donc à la rentrée ! Lire sur cette page.

***

3 juin 2022

Pour que l’Ecole n’exclut plus les pauvres !

« L’école doit cesser de privilégier les intérêts particuliers des familles favorisées. C’est le message fort lancé par Jean-Paul Delahaye, ancien conseiller spécial et DGESCO (directeur général de l’enseignement scolaire) de Vincent Peillon au ministère de l’Éducation nationale, alors que Pap Ndiaye vient d’en être nommé ministre ». « 

Article réservé aux abonnés mais le début est parlant surtout lorsque l’on connaît Jean-Paul Delahaye qui a toujours dénoncé les inégalités à l’école. Ce qu’il dit de la question des rythmes scolaires est d’une immense pertinence.

« Vous évoquez une “lutte des classes” au sein du système éducatif. Qu’entendez-vous par là ?

Regardons les choses en face : les inégalités à l’école ne nuisent pas à tout le monde. Il existe bien un clivage entre les familles dont les enfants réussissent, et qui n’ont donc pas intérêt à ce que le système change, quel que soit leur bord politique, et les parents d’origine modeste, qui auraient au contraire besoin de transformations. Les premiers ont des relais politiques à la différence des seconds. Cette lutte des classes se traduit par exemple dans le débat sur les rythmes scolaires. En 2017, le ministère de l’Éducation nationale [ndlr : le socialiste Vincent Peillon qui n’est resté aux manettes que quelques mois] avait adressé un questionnaire aux parents à ce propos. Les couches moyennes et favorisées plébiscitaient la semaine de quatre jours car, le mercredi, leurs enfants sont au poney-club, au conservatoire ou dans une officine de soutien scolaire privée. Quant aux familles populaires, elles affichaient une nette préférence pour la semaine de quatre jours et demi. Au lieu d’écouter ces dernières, on a le plus souvent privilégié l’intérêt particulier sur l’intérêt général. Sauf heureusement dans certaines communes qui tiennent bon, mais qui représentent une toute petite minorité, comme Paris, Avignon, ou quelques grandes villes de l’ouest de la France ».

Ndlr : La semaine de quatre jours et demie = neuf demi journées, date du décret de 2013 qui peut être aménagé par questionnaire auprès des parents et devenir la semaine de quatre jours.

Article réservé aux abonnés sur le site de Télérama.

***

Mai 2022

Retour sur un rapport d’avril 2022 : L’enseignement en CM au scanner de l’IGESR : le leurre des « fondamentaux »

Sur son blog de Médiapart, Jean-Pierre Véran, formateur, revient sur les conclusions du rapport de l’IGESR (L’inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche): « Nous ne reprendrons ici que quelques éléments susceptibles de nourrir une réflexion plus large sur l’école française ». « Après cinq ans de focalisation obsessionnelle sur les enseignements fondamentaux à l’école élémentaire, un rapport de l’IGESR dresse un état des lieux riche d’enseignements sur les effets induits de ce choix politiqueOn ne peut que souhaiter une autre politique des savoirs ». Le dernier ministre de l’éducation J.M. Blanquer, comme on l’a vu et déploré pendant cinq ans, a fondé toute sa politique du primaire au secondaire sur les fameux « fondamentaux », français et mathématiques » au détriment – comme on le voit dans l’article – sur les apprentissages en EPS, arts plastiques et technologie, considérés comme secondaires.

Un exemple : l’enseignement du français tel qu’il est mis en oeuvre au CM2 d’après le rapport : « En français, par exemple, on s’attache plus au décodage et à la grammaire qu’à la compréhension de ce qu’on lit ou à l’expression écrite personnelle ». Et on s’étonne ensuite que les élèves ne maîtrisent pas la lecture (« Lire c’est comprendre »), encore moins l’écriture malgré l’inculcation systématique de règles parfois absurdes, en orthographe, syntaxe, grammaire au lieu de se focaliser sur l’usage que seul permettrait un apprentissage de la lecture plus adéquat.

Lire l’article ici.

On peut lire le rapport dans son intégralité sur le site ministériel.

Au sujet de l’apprentissage de la lecture au primaire, lire aussi l’article de blog d’Eveline Charmeux : « La lecture, saison 13 (ép.3) : savoir comprendre ce qu’on lit ».

***

20 mai 2022

Décès d’André Antibi, l’inventeur de la « constante macabre » : une grande perte pour l’éducation

« Alors que la lutte contre l’échec scolaire reste une priorité pour l’école française, elle perd un de ses plus ardents combattants avec le décès d’André Antibi. Père de la « constante macabre », animateur infatigable du MCLCM [ndlr : Mouvement Contre la Constante Macabre], André Antibi a défendu jusqu’au bout sa vision pédagogique. Il s’est éteint le 20 mai 2022 à l’âge de 77 ans au terme d’une vie bien remplie où il aura fait preuve de talents exceptionnels comme mathématicien, pédagogue, écrivain et musicien ». « La constante macabre, mise en évidence par André Antibi, se traduit par le fait que les enseignants semblent obligés, pour être crédibles, de mettre un certain pourcentage de mauvaises notes, même dans les classes de bon niveau ». « Les résultats sont connus : sentiment d’injustice chez les élèves et aigreur des relations entre professeurs et élèves. Surtout, perte de confiance en soi des élèves, un phénomène qui affecte particulièrement les élèves français selon les enquêtes internationales ». Lire sur le site du Café Pédagogique.

***

3 mai 2022

Appel à déserter de huit jeunes ingénieurs d’AgroParisTech 2022

« Dans un discours prononcé lors de la cérémonie de remise des diplômes, des étudiants de la prestigieuse école d’agronomie ont fustigé leur formation et appelé leurs camarades à tourner le dos à leurs prestigieuses carrières pour s’impliquer dans des projets compatibles avec la lutte contre le changement climatique« . « Dénonçant une école dont la formation participe «aux ravages écologiques et sociaux en cours», ce collectif appelé «Des agros qui bifurquent» clame son rejet des notions de développement durable, de croissance verte ou encore de neutralité des sciences ». Lire la suite sur la page de Libération.

Consulter la vidéo de la remise des diplômes sur youtube.

***