Sur le site de Radio France, septembre 2026, des réflexions pour comprendre ce qu’est l’infantisme.
Q’est-ce que l’infantisme ?
« L’infantisme est la discrimination collective et systémique envers les enfants. De la remarque que l’on croit inoffensive aux violences les plus extrêmes. Comment écouter la parole des enfants ? Comment éduquer sans dresser ? Existe-t-il des représentations d’enfants sans préjugés ? »
« Laelia Benoit, pédopsychiatre et sociologue au Yale Child Study Center et chercheuse associée au Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations de l’Inserm, est la première en France à utiliser le terme d' »infantisme », proposition de traduction faite à partir du terme « childism », utilisé dès les années 1970 aux États-Unis.
Ce concept, l' »infantisme », n’est pas encore installé, partagé, diffusé. La réalité qu’il décrit, la discrimination des enfants, est pourtant bien connue, et cela, même si elle est généralement invisibilisée. L’actualité nous y confronte, avec ce qu’on nomme bien mal des affaires : l’affaire Bétharram, l’affaire Liana, l’affaire du périscolaire à Paris, qui en sont autant d’exemples.
Mais comment définir précisément l' »infantisme » ? Comment s’est construit ce concept et comment son élaboration ouvre-t-elle de nouvelles perspectives philosophiques, politiques et esthétiques ?
Chester Pierce, penseur de l’analogie entre racisme, sexisme et infantisme
Chester Pierce (1927-2016) est donc celui à qui l’on doit la première mention aux États-Unis du terme « childism », repris en français avec la traduction d’« infantisme »par Laelia Benoit. Il est l’auteur, avec Gail Allen, d’un article qui n’a eu que très peu de retentissement au moment de sa sortie, mais qui a été repris et commenté davantage dans les années 2010, notamment sous l’impulsion d’une psychanalyste et philosophe, Elisabeth Young-Bruehl, qui a à son tour utilisé le terme de « childism ». « Chester Pierce est un psychiatre américain, professeur à la très célèbre Université de Harvard, raconte Laela Benoit, mais c’est avant tout un homme noir dans les années 70 aux États-Unis, donc il pense l’infantisme depuis son expérience d’homme noir, qui, tout psychiatre, professeur qu’il soit, a vécu depuis sa naissance une discrimination qui demeure. Il s’intéresse aux interactions quotidiennes et à la manière dont les rapports de pouvoir se jouent dans ces moments banals. Depuis cette perspective, il comprend comme un déclic que l’infantisme se joue de la même manière. Dans sa définition, on pourrait remplacer ‘adulte’ par ‘homme blanc » et ‘enfant’ par ‘homme noir’. Ce qui est brillant, c’est qu’il montre le caractère collectif systémique, cohérent, organisé, et finalement complètement transposable de ces préjugés et de leurs mécaniques dans notre société. »
Cependant Chester Pierce va plus loin que cette analogie. Pour lui, le sexisme et le racisme sont des dérivés de l’infantisme : « Chester Pierce parle dans une perspective développementale, c’est-à-dire qu’on commence tous par être des enfants. Nous avons appris les normes sociales, et c’est dans l’enfance que nous apprenons que les décisions sont en général arbitraires, autoritaristes, qu’il n’y a pas d’égalité réelle, de volonté de dialogue. Tout rapport va se faire sous la forme d’oppresseurs, d’oppressés, de dominés et de dominants, et que donc, la suite des rapports va se déployer de la même manière. »
4 épisodes sur le site de Radio France.
Racisme, antisémitisme, sexisme : vous êtes-vous déjà dit qu’il existait un continuum entre les discriminations, jusqu’à celles subies par les enfants ? Peut-être pas, car il est admis qu’un enfant doit obéir à un adulte. Pour sortir de cet impensé, il fallait donc créer un mot : l’infantisme.
Pour comprendre vraiment la langue des enfants, selon Marguerite Duras, il faut les observer dans leurs paroles et leurs silences : mais qui parle quand un enfant parle ? Comment écouter, recueillir et interpréter cette langue fluide et encore en construction ?
L’infantisme est la discrimination collective et systémique envers les enfants. De la remarque que l’on croit inoffensive aux violences les plus extrêmes. Comment écouter la parole des enfants ? Comment éduquer sans dresser ? Existe-t-il des représentations d’enfants sans préjugés ?
Un des 4 épisodes : « Le Club des Cinq » : ne les libérez pas, ils s’en chargent !
Insupportables mioches ou petits génies, voire les deux en même temps, les enfants, des contes aux fictions, des sagas aux bandes dessinées, condensent tous les travers et désirs que les grands leur font porter… Prenons l’exemple du fameux Club des Cinq, car eux, ont réussi à s’en émanciper !